On est plusieurs milliers à s'être rendus à cette nouvelle journée de mobilisation du samedi. Difficile de faire un retour précis des événements tant il y a eu de vécus différents de cette journée. C'est pas grave, essayons quand même.
C'est maintenant clair pour tout le monde, le rendez-vous c'est samedi à 14 h, place de la Bourse. Place forte des départs de manifs gilets jaunes en leur temps, les rassemblements et manifestations, déclarés ou non, partent d'ici désormais. Les syndicats, dans leur éternel désir de récupération du mouvement, avaient déposé un parcours en accord et en coopération avec la préfecture.
Ceux-ci ont heureusement bien vite été dépassés par un important cortège de tête. Leur pauvre cordon de sexagénaires en tête a eu beau cracher des insultes infantilisantes et paternalistes, personne ne leur accordera le moindre crédit et c'est tant mieux. Tout au long de la marche, ils auront essayé de mettre de la distance avec les gens ayant pris la tête. En sueur et très désordonnés, ils font pitié à voir.
À l'avenir, il faudrait continuer de leur imposer ce cortège de tête ; 90 % des personnes présentes hier ne sont pas encartées, nous sommes légitimes à tenir la tête de nos luttes et revendications.
Ils ne sont sauvés que par la bonne ambiance mise par les batucadas et les jeunes pas au courant de l'ambiance tout devant.
Une fois le trajet Bourse-Victoire accompli, c'est une ambiance de fête d'Halloween version manif sauvage qui se déploie sur toute la place, la vraie journée de lutte peut enfin commencer.
Un premier cortège se retrouve à partir en sauvage cours de la Marne, bagarre avec les premiers bleus qui montrent le bout de leur nez. Des feux de poubelles sont allumés pour ralentir la progression du cordon de flics.
Plus haut, place de la Victoire, une piñata à l'effigie de Macron est éventrée par la foule, laissant s'échapper des billets de banque. Joie communicative.
Une autre sauvage s'enclenche direction hôtel de ville. Beaucoup de monde, mais au bout, ce sont les centaures et les GM qui attendent les manifestant-es. Peu importe, ça bifurque cours Victor-Hugo.
Le cortège tente une percée vers le centre-ville en passant par la place Fernand-Lafargue mais se heurte, là encore, à des flics présents en masse. Après une charge et des gazages, tout le monde se retrouve sur les quais. À porte de Bourgogne, ça dépave l'arrêt de tram pour récupérer des munitions. Là encore, les flics inondent la zone de gaz. Les gens refluent vers Saint-Michel, le Carrefour est pris pour cible sous les chants de la foule : « Israël assassine, Carrefour complice ! ».
Dans le même temps, des petits groupes épars évitent les patrouilles en hurlant sporadiquement des slogans et disparaissant instantanément dans toutes les rues entre l'hôtel de ville et la place de la Bourse. Une belle panique pour les CRS qui ne savent plus qui ils bloquent vraiment entre les manifestant-es et les passants de la rue Sainte-Catherine. Les manifestant-es en profitent pour rappeler à tous les vieux récalcitrants sur leurs chemins que c'est à eux d'avoir peur à présent. Un siamo retentit ensuite sur la place Ménard entre chilleurs en terrasse et black bloc en sauvage. Sous la pression du nombre, le concept store gentrifieur « Chez Yvonne » doit fermer ses rideaux pour éviter le pillage. Sur le trajet, de nombreuses caméras de surveillance sont désarmées.
De retour à Victoire, différents petits groupes se retrouvent et tentent de nouveau de repartir dans le centre.
Jusque-là, Bordeaux Sud est à nous ; toute la fin de l'après-midi est consacrée à un immense bolossage de flics autour de la place de la Victoire, où les fanfares ont laissé place à un jeu du chat et de la souris : à peine les CRS et leurs centaures ont-ils vidé la place par un cours ou l'autre que les manifestant-es la réinvestissent par un autre côté. Les flics, en un nombre à présent jamais vu, doivent faire face à la pression populaire et partent en chasse de groupes hyper-mobiles qui n'hésitent pas à utiliser des méthodes de réponse proportionnées. Les flics, en roue libre, chargent dans tout le sud de la ville à la grenade, créatures apeurées tirant sur tout ce qui bouge, alors même que les éternels buveurs de bière du cours de l'Yser ne bougent pas d'un pouce et encouragent les plus ivres d'entre eux à aller pisser sur les flammes des barricades. Les flics finissent par attraper un ou deux manifestants qui reçoivent les coups de la frustration d'une journée de course par des flics aux abois.
Dans les rues, on se félicite que la BAC et ses rodéos urbains à 120 km/h n'aient pas fait de morts aujourd'hui. Dans tout le sud de la ville, les gens oscillent entre consternation et moquerie du comportement des policiers qui chassent les fantômes d'Halloween en voulant défoncer la porte d'immeubles, persuadés d'avoir vu des créatures encapuchonnées traverser les murs pour s'y cacher. Personne n'ouvre sa porte à la police. Celles-ci s'ouvrent pourtant en grand pour les gamins du quartier ayant maintenu leur quête de bonbons malgré les nuages de gaz. Les enfants ont l'air encore moins flippés de l'état policier que les ados. L'avenir est à eux.
Dans la soirée, c'est du côté de la place Fernand-Lafargue qu'on apprend que la police a chargé violemment des groupes de jeunes qui s'étaient réunis pour fêter Halloween tranquillement, il a suffi à un peu de musique pour voir le débarquement d'une compagnie entière de GM et des renforts de la police nationale.
Jusqu'à tard, les flics occuperons le centre ville dans l'espoir d'arrêter les derniers filous masqués. Ils peuvent continuer à gazer, matraquer et violenter allègrement, depuis debut octobre quelque chose de plus fort se passe dans les rues. Maintenant les gens ne reculent plus devant la police, il ne nous reste qu'à construire notre autonomie face au pouvoir vacillant, incapable de répondre à quoi que ce soit.







