En 2024, la société TagEnergy a présenté un projet de centrale de stockage d’énergie par batteries au lithium à Saint-Laurent-de-Terregate, dans le sud Manche.
C’est quoi le projet ?
La transition énergétique, que l’on pourrait résumer à une géniale idée marketing des capitalistes pour augmenter production et profits, conduit à une augmentation générales des productions énergétiques. Construction de nouvelles centrales nucléaires (et prolongement de la durée de vie des anciennes), projets photovoltaïques à gogo, « champs » d’éoliennes industrielles sur terre et en mer… Les sites de production d’énergie pullulent, et le réseau électrique doit s’adapter. Les énergies dites renouvelables posent un problème particulier, celui d’une production dépendante des aléas climatiques (la force du vent pour les éoliennes ou le niveau d’ensoleillement pour les panneaux photovoltaïques) appelée « intermittence ». Face à ce problème, les ingénieurs se sont dit qu’il pourrait être judicieux de stocker quelque part le surplus d’énergie produite en périodes de surproduction, pour l’injecter dans le réseau lors de périodes de sous-production ou de plus forte demande. L’idée est de rendre le réseau électrique plus résilient, de soigneusement éviter la question des besoins réels et de mettre à disposition du système industriel toujours plus d’énergie. Pour se faire, le réseau a besoin dorénavant de lieux de stockage de l’énergie, sous la forme de centrales à batteries lithium. C’est une centrale de ce type que veut créer TagEnergy à Saint-Laurent-de-Terregate. L’industriel le dit lui-même dans sa communication : « le stockage est un maillon indispensable pour éviter les black-out, comme ceux connus récemment au Portugal ou en Espagne » (voir un article de actu.fr en date du 14 mai 2025).
TagEnergy, késaco ?
TagEnergy est une multinationale de l’énergie, spécialisée dans le stockage et les énergies dites renouvelables, qui a des implantations en France, en Australie, en Espagne, en Angleterre, en Allemagne… son siège social se situe au Portugal. La société a récemment fait parler d’elle pour le lancement du plus grand système de stockage d’énergie par batterie (BESS) de France, à Cernay-lès-Reims, dans la Marne. L’infrastructure compte 140 conteneurs de batteries, des sortes de grosses boîtes de 9 mètres de long qui stockent l’électricité et qui doivent être refroidies en permanence. Les batteries ont été conçues et construites par Tesla, sont raccordées au réseau par RTE, puis exploitées par TagEnergy.
Selon le site internet de TagEnergy, l’entreprise est possédée principalement par les holdings suivantes :
Impala SAS, appartenant au français Jacques Veyrat (voir le pedigree ici)
Exor NV, appartenant à la famille Agnelli, dynastie italienne à l’origine de la marque FIAT
Mirova, une filiale de Natixis, elle-même filiale du groupe BPCE
Omnes, une entreprise française de gestion de capital fondée par Fabien Prevost
Que se passe-t-il à Saint-Laurent-de-Terregate ?
En décembre 2024, TagEnergy a déposé un permis de construire pour un projet similaire à celui de Cernay-lès-Reims, d’une capacité de stockage de 100mégawatts. Puis la mairie, dirigée par le maire sans étiquette Loïc Bailleur, a déposé un recours devant le tribunal administratif de Caen contre le permis de construire, en juin 2025. La société a déposé un second permis de construire devant la Direction Départementale des Territoires et de la Mer (DDTM) de Saint-Lô avec quelques modifications mais une capacité de stockage inchangée, et la préfecture a communiqué sur le fait qu’elle allait strictement encadrer le projet, pour calmer les colères.
Le projet doit être implanté sur 2,2 hectares de terrains agricoles. Des containers de 9 mètres espacés de 5 mètres chacun, des murs de 4 mètres entourant l’installation pour limiter le bruit des ventilateurs, des bassins de rétention d’eau, etc. Le tout relié par une ligne souterraine au poste à haute tension de Launay, au sud d’Avranches, poste électrique contre lequel des luttes ont déjà eu lieu il y a 35 ans de cela. Car oui, le territoire de Saint-Laurent-de-Terregatte n’est pas étranger aux luttes contre les infrastructures électriques. En 1989, EDF décide d’installer une ligne THT de deux fois 400 000 volts (depuis la centrale de Flamanville à 120 km au nord) et un poste à haute tension de 10ha à Saint-Laurent-de-Terregatte. Anti-nucléaires, habitant⸱e⸱s et paysan⸱e⸱s du coin s’insurgent. L’association SOS Lignes haute tension est créée et organise des manifestations. Les mobilisations et les recours juridiques avaient permis l’interruption de certains travaux d’EDF, mais le rouleau compresseur nucléaire aura raison peu à peu de la résistance.
Aussi, en 1993, plusieurs éleveurs observant l’augmentation violente de la mortalité des troupeaux sous les lignes à haute tension créent l’association « Animaux sous tension ». Des combats durent des années pour prouver le rôle des champs électromagnétiques sur la santé, alors que beaucoup d’éleveurs doivent mettre fin à leur activité agricole (voir par exemple l’histoire de Serge Provost ici) du fait de la santé de plus en plus mauvaise des animaux d’élevage qui pâturent sous les THT ou à proximité.
Depuis 2019, l’association a été relancée. Voir le site internet ici.
Le 23 mai 2025, 200 personnes ont manifesté contre le projet de TagEnergy. Un collectif d’ habitant⸱e⸱s s’est formé : le collectif citoyen du Terregate (collectifcitoyenduterregatte [at] gmail.com). Il se donne pour mission de déposer des recours juridiques contre le projet, d’informer via les réseaux sociaux et son site internet collectif-terregatte.org, de négocier avec la préfecture et l’industriel, et de résister au projet par des voies citoyennes et légales.
Le collectif dénonce notamment le très fort risque d’incendie engendré par le stockage de batteries au lithium (citant l’exemple de l’incendie de l’entrepôt de Bolloré Logistics à Grand-Couronne (76) en janvier 2023), l’impact sur le paysage et l’environnement, notamment la vallée de la Sélune, le bruit des ventilateurs de l’installation, la baisse de la valeur foncière des terres et habitations alentours.
Il faut ajouter à ces dévastations locales les catastrophes environnementales et sociales que créent un tel projet. La construction de batteries lithium repose sur l’extraction de la matière première, dans des mines sur d’autres continents, ou bientôt à Echassières dans l’Allier (d’ailleurs là-bas aussi, des collectifs et individus se mobilisent pour empêcher le projet minier) : pas de stockage par batteries sans pillage généralisé et colonial du monde. Un tel projet repose aussi sur le modèle de la société capitaliste, consumériste, du toujours plus vite, plus puissant, plus productif, plus rentable, plus aliénant. Un modèle qui a besoin d’un réseau électrique efficace pour poursuivre sa marche en avant mortelle.
Que TagEnergy dégage !
Solidarité avec la lutte à Saint-Laurent-de-Terregatte !
PS : on pourra trouver ci-dessous un document intéressant quant à la nature du projet et à certains détails techniques.



