Ce qui s’est passé dans notre quartier, place des Capucins, est véritablement acablant.



C’est terrible. Encore une fois, la jeunesse endiablée de ce grand pays qu’est la France a dépassé les bornes. Après celle de la mairie lors du mouvement contre les retraites, une nouvelle porte emblématique de Bordeaux a cédé. Cette fois-ci, il s’agit de celle de notre magnifique commissariat des Capucins. De vilaines poubelles et autres détritus ont permis cette infâme et regrettable destruction.

Alors, il faut le reconnaître, c’est avant tout beaucoup d’émotions. Pour les habitants du quartier, habitués à voir quotidiennement des équipages de police se préparer fièrement à faire des contrôles au faciès aux Capus ou à Saint-Michel afin de justifier leur politique du chiffre, c’est un sentiment de grand vide qui l’emporte.

Aussi, c’est le cœur lourd que nous pensons aux pauvres petits poumons de nos forces de sécurité qui ont dû tousser fort dans cette épaisse fumée noire, pendant qu’une multitude de badauds s’agrégeaient, le sourire aux lèvres — on ne sait pas pourquoi — autour de ce pathétique spectacle.

C’est de la nostalgie aussi. Chaque jour, les clients du Super U pouvaient admirer les immenses drapeaux français accrochés aux fenêtres des bureaux à l’étage, preuve de leur attachement nationaliste sincère, parfaitement en adéquation avec leurs actions xénophobes.

Après l’émotion, place à la raison. Il faut se poser les bonnes questions :

Comment se fait-il que notre jeunesse n’embrasse pas nos forces de l’ordre, pourtant réputées internationalement pour leur racisme et leur sexisme, caractéristiques actuellement si valorisées chez les puissants et les dirigeants ?

Comment se fait-il que les jeunes soient si rancuniers pour de simples fractures de la mâchoire, quelques yeux crevés et autres mains arrachées ?

Pourquoi en vouloir à ces braves fonctionnaires pour avoir arrêté et emprisonné des milliers de mineurs, plus que jamais dans l’histoire récente, alors que l’on sait parfaitement qu’en garde à vue, on a accès à de la nourriture, à un médecin, à un toit ; autrement dit, un luxe de nos jours.

Comment expliquer que, malgré la propagande pro-flics qui inonde en continu les plateaux télé, soutenue par une multitude de politiciens multi-condamnés et des syndicats policiers d’extrême droite, une immense partie de la population déteste toujours plus la police ?

Pourquoi, après avoir tabassé les Gilets Jaunes, les pompiers, les agriculteurs, les soignants, les habitants des DOM-TOM, ceux des banlieues, les défenseurs de la nature, pourquoi l’ordre ne règne-t-il toujours pas ? Pourquoi les gens ont-ils toujours quelque chose à redire ?

Quelle ingratitude... quelle ignominie... À l’heure où nous nous recueillions solennellement devant les cendres du commissariat, que les bougies célébrant la mémoire de cette porte illuminent la nuit de notre chère ville bourgeoise, on entend encore des ACAB venant de la place de la Victoire à l’encontre des forces de l’ordre. Mais d’où leur vient toute cette énergie ?

Notre police n’est peut-être pas assez équipée en matériel et en armes contre tous ces barbares à mains nues ? Il faut dire que les grenades, les fusils, les lanceurs de balles de défense, les armures, les boucliers, les matraques, les canons à eau et les blindés sont si peu de chose face à ces terrifiantes poubelles.

Cette jeunesse indomptable pourrait bien faire vaciller le pouvoir en place. Les cibles potentielles sont si nombreuses qu’il ne faudrait pas que l’idée leur vienne en tête de s’en prendre à d’autres commissariats, à des banques ou, pire, de nouveau à la porte de la mairie qui a déjà tant souffert, pour aller chercher ce maire macroniste, bandeur d’uniformes et de caméras de surveillance, celui que les plus mesquins surnomment « Cazenaze » et qui doit bien flipper, le pauvre, derrière les 15 fourgons qui encerclent sa mairie à chaque manif. C’est bizarre, on dirait qu’il n’est pas serein... Peut-être se souvient-il que le dernier maire de droite élu, Alain Juppé, a dû démissionner parce que sa ville brûlait toutes les semaines durant les Gilets Jaunes. Ce serait si dommage que l’histoire se répète.

Aujourd’hui, ils étaient 200, peut-être 300, à faire le boxon dans tout Bordeaux. Qu’en sera-t-il lorsqu’ils seront des milliers à piller notre glorieuse ville au beau passé esclavagiste ?

Au revoir petit comico parti trop tôt. Pour éviter la douleur, on t’oubliera vite, promis. Puisse ton sort ne servir d’exemple à aucun de tes semblables.