Cette brochure s’appuie sur la BD Le monde sans fin de Jancovici (les numéros des pages desquelles sont tirées les citations sont entre parenthèses) pour illustrer l’incompatibilité profonde entre l’analyse des écologistes et les fantasmes des technologistes. Cette critique n’a pas la prétention d’être exhaustive. De plus, les nombreuses références qui ponctuent le texte, comme autant d’invitations à aller plus loin, témoignent du temps qu’il m’a manqué pour développer plus en profondeur la pensée naturienne, anti-industrielle, qui me nourrit. J’ai préféré me concentrer sur un ensemble de pistes à explorer ainsi qu’à démontrer en quoi cette critique me semble constructive et stratégiquement bénéfique à la lutte pour la nature et la liberté.



Introduction

Certes, il y a plein de choses intéressantes dans cette BD et dans le discours de Jancovici de façon générale. Il comprend très bien certaines limites physiques du système actuel et sait parfaitement vulgariser des notions parfois complexes avancées par les chercheurs du GIEC notamment. D’un point de vue scientifique son discours parait clair, limpide, d’une grande rigueur et en de nombreux points implacable. Il paraît seulement., En effet, ses omissions et sa grille de lecture techno-centrée évacuent de nombreuses réalités pourtant largement avérées. D’un point de vue politique, nous sommes bien loin du discours des écologistes qui défendent la nature et la liberté comme conditions essentielles d’une vie bonne, juste, égalitaire et soutenable.

Je crois qu’il est important, dans le contexte des luttes actuelles, de critiquer et dénoncer ces discours qui, définitivement, ne vont pas « dans le bon sens ». Malgré toutes les bonnes intentions qu’on peut lui prêter et malgré la rigueur apparente de ses analyses, l’horizon politique qu’il dessine n’est pas enviable et doit être combattu.

« Notre tâche consiste à proposer une critique impitoyable, et de nos prétendus amis bien plus que de nos ennemis manifestes. Nous renonçons avec plaisir, en adoptant cette attitude, à une popularité démagogique. »

Karl Marx & Friedrich Engels, « Gottfried Kinkel »

« Pour progresser sur une route qui sera brumeuse et ardue, le mouvement écologique devra s’exercer à la critique de soi et de ses pseudo-alliés ; et pour ce travail de dépollution intellectuelle et morale, les matériaux ne manqueront pas. »

Bernard Charbonneau

Technologistes vs Écologistes

Aujourd’hui, quand on parle d’écologie, plusieurs courants coexistent et s’affrontent. On peut, notamment, différencier schématiquement les écologistes des technologistes :
https://www.partage-le.com/2022/01/29/leur-ecologie-et-la-notre-technologistes-contre-naturiens-par-nicolas-casaux/.

Évidemment, seuls les technologistes ont la faveur des grands médias. C’est pour cela que, dans cette opposition asymétrique, les écologistes ont peu de chance d’exister auprès du grand public. Jancovici est un technologiste comme beaucoup de figures écolos mainstreams. A l’inverse, les écologistes portent les idées des courants anti-industriels, luddites, anarchistes naturiens, anarcho-primitivistes…

Une grande différence entre ces deux visions de l’écologie réside dans l’analyse du monde actuel et passé et dans les objectifs politiques qui en découlent.
Les écologistes, philosophiquement écocentristes, qui placent la vie au centre, ont pour objectif de préserver et régénérer la diversité biotique sur Terre. (L’écocentrisme reconnaît que des formes de vie existent par et pour elles-mêmes dans la nature, et qu’elles sont dignes de considération morale indépendamment des services qu’elles pourraient rendre à l’espèce humaine). Pour eux le problème est la civilisation, en tant qu’organisation sociale intrinsèquement expansionniste, hiérarchisée, extractiviste, patriarcale, inégalitaire, militarisée (la civilisation industrielle, ou contemporaine, étant sûrement la pire), qui détruit la nature et aliène les individus. Ils souhaitent donc que l’effondrement de la civilisation advienne le plus rapidement possible, avant l’effondrement des communautés biotiques, avant l’effondrement de la vie sur Terre. Il ne peut pas, par définition, exister de civilisation soutenable.
(pour en savoir plus sur le concept de civilisation, ses implications sociales et les destructions écologiques inhérentes à son maintien, il existe Endgame, un très bon livre de Derrick Jensen en 2 tomes et traduit en français aux Éditions LIBRE. J’invite aussi à la lecture de Civilisés à en mourir de Christopher Ryan toujours aux Éditions LIBRE. A écouter, ce génial podcast critique de la civilisation industrielle : https://floraisons.blog/civilisation-industrielle/)

« L’écroulement de cette civilisation n’est pas une vision apocalyptique ; c’est, disons, quelque chose qui me semble hautement souhaitable. »

Alexandre Grothendieck, considéré par beaucoup comme « le plus grand mathématicien du XXème siècle », lors d’une conférence donnée au CERN à Genève, intitulée « Allons-nous continuer la recherche scientifique ? », 27 janvier 1972.

Jancovici, comme tous les technologistes, philosophiquement anthropocentristes, qui placent l’humain civilisé et son mode de vie industrialisé au centre, a pour objectif de sauver la civilisation. Bien sûr, ce soucis premier est plus ou moins explicitement affiché car souvent masqué par des considérations écologiques louables comme la préservation de l’environnement ou la lutte contre la 6ème extinction de masse. Pour autant, pour celles et ceux qui y sont attentifs.ves, la véritable aspiration des technologistes est largement assumée. Dans sa BD, Jancovici ne cache pas vraiment son objectif de sauver la civilisation et on y trouve peu de références à la destruction de la biosphère. Pour les technologistes, l’effondrement du vivant est bien sûr un problème mais souvent en raison des services irremplaçables (mais jusqu’à quand ?) que la nature rend aux sociétés humaines civilisées. Pour les défenseurs de la civilisation, il ne s’agit donc pas de reconnaître une valeur intrinsèque aux êtres naturels qui existent objectivement dans la nature, indépendamment des services qu’ils pourraient rendre à l’être humain, mais de reconnaître des « services écosystémiques » qui bénéficient aux seuls humains civilisés. C’est pour cela qu’ils aspirent à une civilisation moins destructrice, moins émettrice de CO2, plus éthique, plus durable, moins polluée, plus bio, etc. Ne nous y trompons pas, sauver la civilisation et sauver la vie sur Terre sont deux objectifs antagonistes.

"L’idée est que, là où il y a des moyens, il y a nécessairement des fins. Or, tous les organismes vivants, du plus simple au plus complexe, qu’il s’agisse d’animaux (même dépourvus de sensibilité), de végétaux ou d’organismes monocellulaires, tous déploient, pour se conserver dans l’existence et se reproduire, des stratégies adaptatives complexes, qui sont autant de moyens au service d’une fin."

Proposition de définition du terme biocentrisme (interchangeable avec le terme écocentrisme en fonction de l’échelle considérée) par https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2010-4-page-405.html

L’Histoire selon Jancovici

Jancovici est fondateur de Carbone 4. C’est un « cabinet de conseil dans la stratégie bas carbone et le changement climatique » (p.06), dont l’objectif est de « transformer [ses] client·es [entreprises et industriels de tous bords] en leaders du défi climatique et embarquer les acteurs dans le changement. » (voir site internet de Carbone 4).
Aider les industriels à maintenir leurs exactions le plus longtemps possible grâce à la décarbonation de leurs activités est tout bonnement criminel. Cela ne sert que le système industriel. Ce n’est en aucun cas une mesure écologique. Il faut bien comprendre qu’à aucun moment et en aucun lieu, une entreprise qui adopte une stratégie bas carbone ne sert les communautés biotiques. Les libellules et les orangs-outans n’ont pas besoin d’industries décarbonées, ils n’ont pas besoin d’éoliennes ou de panneaux photovoltaïques, ils n’en ont jamais eu besoin et n’en auront jamais besoin. Le système industriel est largement incompatible avec la préservation de la vie sur Terre.

Quand Jancovici dit que « Sans énergie, sans machines, ce n’est pas 3 % du PIB que tu vas perdre… C’est la fin des banques, la fin du réseau d’eau, la fin des transports, des hôpitaux… Tout notre monde moderne en dépend… », il pense à la survie de la civilisation « moderne ». Il fait en fait référence, dans un ethnocentrisme décomplexé, à une fraction minoritaire de l’humanité qui seule peut « profiter » des banques, des hôpitaux, de l’eau courante, etc. au détriment d’une majorité esclavagisée et une nature suffocante (c’est le prix à payer pour ce confort illusoire).
Et selon lui, on n’a pas le choix que de sauver la civilisation car sans le monde « moderne » « tu meurs de froid, de faim, tu t’entretues avec tes semblables » (p.26). Rien que ça...

Il voue un culte à l’énergie artificielle : « […] sans ce costume [celui d’Iron Man], tu aurais une autre vie… 30 ans d’espérance de vie… Aucune augmentation de revenu entre la naissance et la mort… S’effondre sur une paillasse avec ses enfants après une journée de labeur à ramasser des patates… La vie a changé grâce au parc de machines et à l’énergie qui permet de s’en servir » (p.45).
Dans cet extrait, Jancovici semble suggérer qu’il existe la vie des civilisés - une longue vie délivrée des souffrances du quotidien - et la « vie d’avant » - courte et misérable. Sur l’espérance de vie et les autres mythes qui accompagnent les modes de vie passés, je conseille la lecture de l’article Nos vies d’avant : Retour vers le Paléolithique qu’on trouvera dans le numéro 0, sur la civilisation, de la revue Passages (automne 2025), revue d’écologie radicale et féministe.

Quand il dit que « ça fait 200 ans que nous passons notre temps à remplacer les énergies renouvelables par des fossiles » ou « l’énergie a fait croître la population, et chacun veut profiter des bienfaits de l’énergie » ou encore « et nos désirs sont sans limites. » et enfin « « nous sommes des animaux opportunistes et accumulatifs. », qui est ce « tu », ce « on » et ce « nous » qui font l’histoire de l’humanité tout au long de sa BD ? Ces formulations semblent représenter une humanité homogène, une et indivisible, soumise à des déterminismes biologiques (c’est entre autres choses la faute du « striatum »).

Pour lui, le cours de l’histoire est linéaire et logique. Quand mère nature dit : « Je ne te reproche pas d’avoir utilisé mes énergies fossiles. Elles étaient quand même bien pratiques. » (p.164), il répond qu’« elle a raison. C’était un choix logique à l’époque ». Mais logique pour qui ? Pour quoi faire ? A qui profite cette « logique » ?

Comme le note Nicolas Casaux dans un article critique de ladite BD, https://www.partage-le.com/2022/01/11/jancovici-en-bd-mensonges-pre-historiques-et-negation-de-la-domination-par-nicolas-casaux/, la lecture historique de Jancovici est « parfaitement fausse : la civilisation industrielle contemporaine résulte d’une longue histoire de guerres, d’ethnocides, de génocides, de colonisations, d’asservissements, etc., d’innumérables antagonismes, dissensions, divergences. Elle n’est certainement pas le fruit d’un désir consensuel ou de la libre volonté de tous les humains ou d’un développement biophysique inéluctable — c’est-à-dire du destin ou de la fatalité. »

(Aussi, en comparant uniquement le monde moderne à une sorte de civilisation médiévale fantasmée, il ignore volontairement les autres formes d’organisation sociale qu’a connu l’humanité dans la majeure partie de son histoire. Encore aujourd’hui des communautés nomades vivant de cueillette et de chasse perdurent sur des territoires pourtant de plus en plus dévastés par la civilisation et leur vie n’est en rien comparable avec ce qu’il décrit tout au long de la BD. Voir cet article par exemple : https://www.partage-le.com/2022/01/14/sommes-nous-plus-libres-que-nos-ancetres-prehistoriques-par-nicolas-casaux/ mais aussi les livres de James C. Scott, Homo domesticus et Zomia)

Dépolitisation du problème et technocratisation de la solution

La production industrielle d’énergie, sa disponibilité et sa distribution peut être appréhender comme étant un problème technique à résoudre. Mais cette approche scientifique, rationnelle du point de vue de l’ingénieur, sans faille pour qui ne se soucie pas de la justice et de la liberté, masque l’analyse politique et écologiste du problème.
Derrière le système industriel de production énergétique, il y a des logiques de domination, d’accaparement, de colonisation, etc. qui ont forgé le monde moderne inégalitaire, patriarcal, esclavagiste, raciste et destructeur que nous connaissons aujourd’hui. Jancovici ne parle jamais des relations de pouvoir qui ont menées à l’état actuel du monde. En invisibilisant les processus politiques passés et présents il réduit le problème en des termes physiques qui ne peuvent être résolus que par des scientifiques experts. Il passe ainsi à côté des enjeux politiques, les véritables enjeux pour qui veut organiser la résistance contre les puissants et contribuer à bâtir une société plus juste.

Si le problème est technique, nous avons besoin d’ingénieurs diplômés. Si le problème est politique, nous avons besoin d’hommes et de femmes prêt.es à résister.
Cette résistance écologiste qui viendrait d’en bas n’est pas vraiment sa tasse de thé, lui, ce qu’il veut, c’est une civilisation technologique soutenable, peu importe qu’elle génère encore des inégalités, la destruction de la nature, de l’exploitation, des dominations, du sexisme, du racisme, etc. Peu importe qu’une civilisation soutenable ne peut pas exister.

On voit ici que la façon de poser le problème oriente la façon de le résoudre. Les écologistes politiques n’ont pas la même analyse du problème et ne peuvent donc pas rejoindre Jancovici sur la manière d’y remédier.
Une réponse écologiste au problème serait une révolution populaire, libertaire, techno-critique, féministe et écologiste, pas un nouvel ordre mondial techno-scientifique.

Jancovici croit en la modernité, au mythe du progrès. Il croit en la structure étatique et supra-étatique. Il croit en une sorte de gouvernance planétaire par les experts, une gouvernance technocratique mondialisée :
« C’est là que la collectivité doit organiser la reconversion et la sortie progressive » (p.171) ; « Il faut anticiper » (p.171) ; « la collectivité prend en charge la dette » (p.167) ; « Il faut que la collectivité leur garantisse une augmentation du revenu par vache » (p.167) ; « la collectivité peut inciter financièrement au remplacement des chaudières à gaz et au fuel » (p.180).

Autant de directives qui rejoignent celles qu’il formule sur le nucléaire et qui reposent sur le système industriel pour exister et sur l’autoritarisme étatique pour être appliqué (qui a déjà vu une centrale nucléaire citoyenne auto-gérée ?). La production industrielle d’énergie a des implications sociales et environnementales majeures, nuisibles et destructrices, mais pour rien au monde il ne voudrait s’en passer :
« L’énergie abondante permet de faire intervenir les forces de l’ordre, les secours, évacuer les gens, acheminer la nourriture, reconstruire rapidement les maisons... » (p.118).
« C’est aussi à ça que servent les machines : faire face à n’importe quel imprévu. Dans un monde aux ressources qui deviennent progressivement contraintes… Le risque, c’est le retour à la barbarie. Ça peut dynamiter les démocraties, la paix, la capacité de chacun à se nourrir en abondance et à vivre » (p.118).
« La déstabilisation du système des 20 prochaines années est déjà amorcée à cause de l’inertie du CO2 et de nos émissions passées. Iron Man devra nous aider… Parce que grâce à lui… On peut irriguer facilement là où il ne pleut pas… On peut sécuriser l’eau en construisant des réservoirs… On peut faire venir de la nourriture de là où elle pousse à là où on la mange… Introduire des espèces d’arbres mieux adaptés (les bouleaux et les hêtres ne peuvent pas vivre sous un climat méditerranéen)… Adapter les bâtiments, déplacer les populations… Protéger les habitations du bord de mer... » (p.120).

Mais rien de nouveau sous le soleil. Rappelons-le, Jancovici souhaite avant tout sauver les structures de la civilisation industrielles pas la nature.

La technologie aussi neutre que l’industrie

Jancovici ne questionne jamais ce que signifie produire et exploiter l’énergie en des termes politiques. Or, une production d’énergie particulière nécessite une organisation sociale particulière. La production d’énergie ou de n’importe quelle technologie a des implications sur la société et la nature. Mais ça, il n’en parle jamais.

En fervent technocrate, prétendument apolitique, ni de droite ni de gauche, il participe à nous faire croire qu’il y aurait le pragmatisme scientifique d’un côté et la politique de l’autre. Le progrès technologique d’un côté et des modes d’organisation sociale de l’autre. En fin de compte, la technologie serait neutre par essence, sans effets sur le monde réel. Elle ne serait problématique que dans son mauvais usage. Exit les dévastations que causent à peu près toutes les technologies modernes lors de leur conception, fabrication, (non)recyclage en passant par la distribution et la commercialisation. Non, la technologie n’est pas neutre. Le problème d’une civilisation techno-centrée n’est pas ses émissions de CO2 mais bien qu’elle dépend de technologies ayant des implications socio-environnementales nuisibles pour la nature et la liberté. Il apparaît donc que tout discours sur la technique est aussi un discours politique.

« la technique n’est pas neutre : elle reflète et détermine le rapport du producteur au produit, du travailleur au travail, de l’individu au groupe et à la société, de l’homme au milieu ; elle est la matrice des rapports de pouvoir, des rapports sociaux de production et de la division hiérarchique des tâches. Des choix de société n’ont cessé de nous être imposés par le biais de choix techniques. Ces choix techniques sont rarement les seuls possibles. Ce ne sont pas nécessairement les plus efficaces. Car le capitalisme ne développe que les techniques conformes à sa logique et compatibles avec sa domination. Il élimine les techniques qui ne consolideraient pas les rapports sociaux en vigueur, même quand elles sont plus rationnelles au regard des buts à atteindre. Les rapports capitalistes de production et d’échange se sont inscrits dans les technologies que le capitalisme nous lègue. Sans la lutte pour des technologies différentes, la lutte pour une société différente est vaine : les institutions et les structures de l’État sont, dans une large mesure, déterminées par la nature et le poids des techniques. Le nucléaire par exemple, qu’il soit capitaliste ou socialiste, suppose et impose une société centralisée, hiérarchisée et policière. »

André Gorz, dans Écologie et Liberté (1977)

Jancovici participe ainsi largement à la dépolitisation du débat, à propager l’idée fausse selon laquelle la résolution du problème est une affaire d’ingénieurs bien (in)formés (cf les ingénieurs du « Shift Project » dont il est un des fondateurs). Pourtant, faire le choix de telle ou telle technologie, telle ou telle production d’énergie c’est faire le choix de la société qui permet précisément l’avènement de cette technologie ou de cette production d’énergie. C’est faire un choix politique quoiqu’en disent les pourfendeurs de la rationalité scientifique.

Sous couvert de sagesse scientifique donc, Jancovici (comme tant d’autres avant lui) impose sa vision du monde : « Soit on retourne à une société tributaire des éléments. Tu es soigné ou tu te nourris quand il y a du vent, du soleil ou de la pluie… Ou alors on essaie de conserver des énergies pilotables. » (p.157). Il faut savoir que dans le monde des technocrates il n’y a pas d’alternatives à la vie assistée par la technologie. Il suffit pourtant de se pencher sur les centaines de milliers d’années de vie humaine dans la nature (il subsiste encore quelques communautés primitives qui ne sont pas exploitées ou absorbées ou simplement détruites par la civilisation) pour comprendre que d’autres modes de vie existent. Ces autres modes de vie indiscutablement soutenables paraissent également enviables comme le rapporte Benjamin Franklin : « Aucun Européen ayant goûté à la vie sauvage ne peut ensuite supporté de vivre dans nos société » (citation tirée du livre Endgame de Derrick Jensen).

On comprend alors que pour lui, tout l’enjeu est de rendre soutenable l’insoutenable, c’est à dire de préserver la vie (humaine bien sûr) sur Terre tout en garantissant nos modes de vie techno-civilisés. Ce prétendu pragmatisme prendrait la forme d’une civilisation industrielle décarbonée, verte et renouvelable. Car pour lui et beaucoup d’autres technologistes notoires, le principal problème, c’est le CO2.

Pour illustrer, s’il le fallait encore, le fait que Jancovici participe à dépolitiser la question écologique (et donc à neutraliser le potentiel révolutionnaire des luttes sociales et écologistes pour la nature et la liberté), ce genre de phrase est un bon exemple : « Et si je prends juste un bout du costume d’Iron Man ? Ça se discute… ça dépend combien de temps tu veux t’en servir. » (p.54).
Oui tiens, si je pompais un peu de pétrole mais pas trop, juste pour alimenter ce dont j’ai besoin ? C’est ignorer que les choses ont leurs exigences et qu’elles se fichent pas mal des bonnes intentions de leur maîtres auto-proclamés. Sur la technologie, ses implications politiques et environnementales et sa prétendue neutralité :
https://www.partage-le.com/2021/08/23/les-exigences-des-choses-plutot-que-les-intentions-des-hommes-par-nicolas-casaux/).

En réalité, utiliser un peu le costume d’Iron Man, ça veut dire permettre un peu d’extractivisme, un peu de colonialisme, un peu de militarisme, un peu d’esclavage pour aller travailler dans les mines, un peu de pollution… Un peu de morts et de destructions en somme. La production, la distribution et l’utilisation de l’énergie font partie d’un système techno-industriel complexe qui a des effets nuisibles sur la société et la nature. Les technologies ne sont définitivement pas de simples outils tombés du ciel qu’il s’agirait d’utiliser de la meilleure des façons.

C’est dommage car il ébauche une critique de l’industrialisation et de ses machines (p.62) : « Avant la mécanisation, l’outil est un auxiliaire de l’homme. Avec la mécanisation, c’est l’inverse. L’homme dictait son rythme à l’outil. Avec la machine c’est l’inverse. ». Malheureusement, on n’en apprendra pas plus, ce qui mène cette réflexion exactement nulle part...
Dans l’intention de pousser plus loin le raisonnement, je propose cette courte description qui replace la machine, l’outil technologique, à sa juste place, au cœur de la société industrielle. Pour ce faire, l’auteur prend l’exemple de la voiture :

« Et ainsi l’automobile, machine on ne peut plus triviale et presque archaïque, que chacun s’accorde à trouver bien utile et même indispensable à notre liberté de déplacement, devient tout autre chose si on la replace dans la société des machines, dans l’organisation générale dont elle est un simple élément, un rouage. On voit alors tout un système complexe, un gigantesque organisme composé de routes et d’autoroutes, de champs pétrolifères et d’oléoducs, de stations-service et de motels, de voyages organisés en cars et de grandes surfaces avec leurs parkings, d’échangeurs et de rocades, de chaînes de montage et de bureaux de “recherche et développement” ; mais aussi de surveillance policière, de signalisation, de codes, de réglementations, de normes, de soins chirurgicaux spécialisés, de “lutte contre la pollution”, de montagnes de pneus usés, de batteries à recycler, de tôles à compresser. Et dans tout cela, tels des parasites vivant en symbiose avec l’organisme hôte, d’affectueux aphidiens chatouilleurs de machines, des hommes s’affairant pour les soigner, les entretenir, les alimenter, et les servant encore quand ils croient circuler à leur propre initiative, puisqu’il faut qu’elles soient ainsi usées et détruites au rythme prescrit pour que ne s’interrompe pas un instant leur reproduction, le fonctionnement du système général des machines. »

Jaime Semprun

La civilisation contre la nature et la liberté

La vision de Jancovici s’oppose en tous points aux aspirations écologistes que Bernard Charbonneau résume « à ces deux maîtres mots discrédités par leur abus : la nature et la liberté. C’est-à-dire rien moins que les dimensions charnelle et spirituelle de l’univers humain — autrement dit tout entier. […] Si nous passons en revue les critiques et revendications écologiques, on peut en gros les classer en deux catégories sous le signe de la nature et de la liberté. À la première appartiennent la protection de l’environnement, celle des espèces menacées, la lutte contre le remembrement abusif, pour les espaces verts, contre la menace d’une catastrophe nucléaire, etc. À la seconde, la revendication d’autogestion, de la libération des femmes et de la sexualité, l’anti-militarisme, l’anti-étatisme, le régionalisme, la dénonciation de l’aspect policier du nucléaire, etc. »

« - Il reste de l’uranium pour combien de temps ? - Assez pour faire fonctionner le parc actuel, quelques centaines d’années… Mais pas assez pour remplacer durablement la totalité des centrales à charbon. - Je le savais, on est foutus ! - Non, on peut exploiter beaucoup mieux l’uranium disponible » (p.148).
Ici, il faudrait se réjouir devant la perspective d’améliorer l’exploitation de l’uranium. Encore une fois tout dépend de nos objectifs, de nos aspirations… Une meilleure exploitation de l’uranium ne bénéficie qu’à la civilisation industrielle, qu’à la société des machines, qu’à une forme d’organisation sociale hiérarchisée, centralisée, autoritaire, militarisée, inégalitaire… En aucun cas ce n’est une bonne nouvelle pour la nature, la démocratie, l’égalité et la liberté. D’une manière générale, du point de vue des écologistes, tout ce qui permet la perpétuation de la civilisation industrielle ne peut être considéré comme une bonne nouvelle. Comme nous l’avons déjà souligné, le fonctionnement normal de la civilisation est écocidaire. Finalement, une bonne nouvelle prendrait la forme de toutes actions contribuant à précipiter l’effondrement de la société industrielle.

La planche p.145 est lunaire. Elle met en opposition les anti-nucléaires, « nucléaire non merci », et les technologistes pro-nucléaires, « Réchauffement climatique, perte de biodiversité, acidification de l’océan, migrations massives, maladies, forêts dévastées, incendies massifs, zones côtières submergées, guerres… Non merci ». C’est très clair, pour lutter contre les maux actuels, les horreurs de la civilisation, nous avons besoin du nucléaire nous dit un Jancovici irradié mais stylé.
On se demande en quoi la planète qui se réchauffe, les forêts qui brûlent, les terres inondées et les prairies dévastées ont besoin du nucléaire… Les machines pourraient effectivement avoir besoin du nucléaire pour fonctionner mais la nature sauvage, la « part sauvage du monde » pour reprendre les mots de Virginie Maris, n’a pas besoin des machines. Pour que les machines fonctionnent, la nature doit mourir. Nous n’avons décidément pas les mêmes objectifs.

« - mais… attends, entre le logement, les transports et les gains possibles sur les émissions de CO2, le nucléaire, c’est plus qu’un parachute ventral… - C’est un gros parachute ventral. Il [l’énergie nucléaire] rend la décroissance acceptable. On conserve plus de liberté de mouvement » (p.181).

Nous n’avons pas besoin du nucléaire pour sauver la nature ou garantir la liberté, nous avons besoin du nucléaire pour sauver nos modes de vie occidentaux et maintenir l’industrie.

De la même façon, quand il fait dire à mère nature p.156 : « Mes forêts sont en train de brûler partout, mes coraux sont en train de crever, mes lacs s’assèchent, beaucoup de mes habitants veulent fuir leur pays… Pour préserver ce qui peut l’être, vous avez 30 ans pour diviser les émissions de GES par 3 »
Vraiment ? La solution se résumerait à diviser par 3 les GES en 30 ans ? C’est de ça dont mère nature à besoin et qu’elle appelle de ses vœux ?
Si on accorde de l’importance à la nature, on ne cherche pas à l’exploiter plus durablement mais à stopper les exactions à son encontre. Une civilisation industrielle zéro émission tuera la nature plus lentement mais la tuera de toute façon. L’industrie change concrètement le vivant, la nature, en choses inertes marchandisables qu’elle soit zéro émission ou pas. Aider mère nature, concrètement, ça veut dire mettre un terme à la société industrielle dans son ensemble.

Sa vision s’inscrit clairement dans le solutionnisme technologique que combattent les écologistes. La civilisation industrielle n’est pas remise en question. Jamais. Selon lui, oui, cette civilisation a des défauts et il s’agirait de la rendre moins carbonée, plus verte, plus durable, plus éthique. Mais les technologistes ne servent pas les communautés biotiques, ils servent une société industrielle fantasmée, bas carbone. Et leur cynisme n’a aucune limite : « A 8 milliards sur Terre, avec l’énergie qu’on utilise, il faut choisir son inconvénient » (p.160). Sous entendu, la perpétuation de la civilisation n’est pas négociable. Il faut désormais choisir quelles dégradations, quelles pollutions, quelles destructions, quelles nuisances, quelles extinctions nous sommes prêts à assumer collectivement pour que perdure cette organisation sociale qui ne bénéficie qu’à une minorité (une infinitésimale fraction du monde vivant à vrai dire). Pour les suprémacistes humains, certaines vies valent plus que d’autres.

Les puissants remercient Janco

Enfin, il y a d’autres façons d’évaluer si un discours politique est radical ou non, s’il porte en lui les germes de la révolution ou non, s’il est pertinent au regard de la tâche qui nous incombe ou non : il suffit de regarder comment il est reçu par les médias de masse (voir ci-dessous).
Force est de constater que « La BD "Le monde sans fin" [qui] a été le livre le plus vendu de l’année 2022 en France » (France Info) n’a rien de révolutionnaire. Tous les médias en font l’éloge et les quelques critiques qu’on peut lire émanent d’ingénieurs du renouvelable qui soutiennent que leur production d’énergie est la meilleure. Ou bien on peut lire des scientifiques qui s’écharpent sur les chiffres après la virgule ou sur les protocoles expérimentaux ou l’hypothèse de départ… Bref ce genre de débats techno-scientifiques qui gangrènent la lutte écologiste (cf le groupe facebook Transition 2030, source de pollution intellectuelle majeure pour qui comprend que transition rime avec adaptation mais pas avec révolution).

Tout compte fait, Jancovici a réussi à rendre le débat stérile : les écolos luttent désormais pour savoir quelle production d’énergie est la meilleure pour perpétuer le désastre… Ou bien la solution sera-t-elle le fameux mix énergétique ?
C’est le système industriel dans son ensemble qui s’en frottent les mains car pour lui, peu importe d’où vient l’énergie, l’important c’est que nous continuions à produire de l’énergie « pour que ne s’interrompe pas un instant [...] le fonctionnement du système général des machines. ».

« Intelligent, limpide, non dénué d’humour, cet ouvrage explique sous forme de chapitres les changements profonds que notre planète vit actuellement et quelles conséquences, déjà observées, ces changements parfois radicaux signifient. »

Ouest France

« Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain dressent un tableau passionnant des enjeux écologiques. »

Le Figaro

« C’est une bande dessinée extrêmement pédagogique »

France Culture

« Une bonne façon de comprendre comment on peut changer les choses »

France 3 National

« Un livre duquel on sort à la fois un peu plus inquiet(e) quant à ce qui nous attend, mais aussi un peu plus intelligent(e). »

Society

« Pas de parti pris, seulement une belle et efficace façon de décrire ce monde auquel nous demandons beaucoup trop. »

La voix du Nord

« Un témoignage éclairé et passionnant sur les questions écologiques (...) Le Monde sans fin nous permet de mieux comprendre le monde qui évolue radicalement. »

France Inter

« Un album documentaire qui raconte notre présent et notre futur commun »

Les Echos

« Dans le cadre de sa feuille de route pour la transition écologique, l’Institut français souhaite contribuer à la sensibilisation du plus grand nombre aux enjeux liés à la transition écologique. Dans ce cadre, l’IF a produit une exposition issue de la BD Le Monde sans fin de Jean-Marc Jancovici et Christophe Blain, 1ère vente de livre en France avec plus de 800 000 exemplaires vendus en 2022 et des traductions dans de nombreuses langues. »

L’institut français est un« acteur essentiel de la politique culturelle extérieure de la France, [il] est investi d’une mission de service public et financé par subvention publique. L’Institut français [est] placé sous la double tutelle du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et du ministère de la Culture »

« Dense et magistral »

La Croix

« Je conseille de lire ce bouquin extraordinaire »

Yann Artus Bertrand

« Formidable »

France 2

« Un livre important, d’utilité publique qu’il faut lire et relire »

France Inter

« Un chef d’œuvre ! Le meilleur livre scientifique de l’année ! »

Europe 1

« Avec cette BD vous comprendrez tout ! »

France Info

« la BD qui alerte sur l’état de la planète »

Elle

« Intelligent, limpide, non dénué d’humour (...) un pavé de 120 pages indispensable pour mieux comprendre notre monde, tout simplement ! »

France Bleu

« Excellente bande dessinée ! Lumineuse sur les enjeux du changement climatique ! »

France 5

« Un tableau passionnant des enjeux écologiques... Grâce à la vitalité du dessin de Blain, à son sens de l’humour, la mise en garde n’est pas accablante, au contraire, elle donne envie de se retrousser les manches »

Le Figaro Littéraire

« Quel travail ! Cette BD est un petit chef d’oeuvre »

Le Point

« C’est clair, lumineux et drôle et l’on sort moins bête de la lecture de cet album, merci pour cela ! »

France Inter

Il semblerait qu’André Gorz, en 2010, avait vu juste quant au sort réservé aux questions écologiques : « La prise en compte des exigences écologiques conserve beaucoup d’adversaires dans le patronat. Mais elle a déjà assez de partisans capitalistes pour que son acceptation par les puissances d’argent devienne une probabilité sérieuse. Alors mieux vaut, dès à présent, ne pas jouer à cache-cache : la lutte écologique n’est pas une fin en soi, c’est une étape. Elle peut créer des difficultés au capitalisme et l’obliger à changer ; mais quand, après avoir longtemps résisté par la force et la ruse, il cédera finalement parce que l’impasse écologique sera devenue inéluctable, il intégrera cette contrainte comme il a intégré toutes les autres. »

Conclusion et considérations stratégiques

J’espère que cette brochure aura permis de comprendre que les technologistes ne sont en rien des dangers pour l’ordre dominant. Leurs objectifs étant peu ou prou en adéquation avec les principes de fonctionnement de la civilisation industrielle, il est facile pour les puissants de récupérer à leur avantage cette pensée prétendument subversive.
Le problème est qu’ils constituent un leurre pour celles et ceux qui s’inquiètent du désastre en cours et qui souhaiteraient y faire face. C’est ainsi que le mouvement climat ou le mouvement progressiste technologiste a échoué et échoue toujours à stopper les nuisances inhérentes à la société industrielle, à protéger la nature ainsi qu’à créer les conditions de sa régénération.

Dans ce contexte, ce n’est qu’en formulant une analyse puis des objectifs en des termes suffisamment radicaux et ambitieux que l’on parviendra à s’extraire de la récupération des luttes par le pouvoir dominant dont Jancovici incarne la version décarbonée. Seule une pensée désaliénée, et non récupérable par le système dominant, peut porter les germes d’une culture politique révolutionnaire.
Nous ne le dirons jamais assez mais si nous défendons une analyse radicale ou anti-industrielle ou naturienne, ce n’est pas parce que celle-ci nous procure une sorte d’excitation intellectuelle ou bien parce qu’elle semble d’une pureté militante supérieure, ou encore parce que nous jubilons à l’idée de porter la contradiction, que nous voulons à tout prix avoir le dernier mot, etc. L’analyse radicale, et sans concession, n’a pas d’autres ambitions que de s’attaquer à la racine du problème, de chercher les causes véritables des injustices et de la destruction de la vie.
Cette démarche, qui a d’abord le mérite d’être honnête, permet surtout de servir une stratégie de lutte en capacité de résoudre le problème. Quitte à rappeler une évidence : il est absurde de résoudre un problème sans savoir d’où il vient.

De l’analyse rigoureuse du problème, découle l’objectif de la lutte, indispensable à l’élaboration d’une stratégie efficace. Il est désormais évident que les objectifs de Jancovici diffèrent des nôtres.
Il me semble que nous n’avons plus le choix (si tant est que nous l’ayons déjà eu), les destructions et les injustices qui ont cours sont à ce point intolérables que nous devons affronter les causes véritables du problème et ne plus nous laisser berner par les fantasmes des technologistes. Ce n’est qu’à cette condition que nous pourrons, en tant que mouvement de résistance, apporter une réponse stratégique à la hauteur des enjeux.

D’un point de vue stratégique, il me semble important de critiquer les technologistes qui détournent la lutte écologiste de ses véritables objectifs. Le but n’est pas d’en faire l’ennemi numéro un, nous avons des ennemis bien plus significatifs. Néanmoins, en mettant à jour les désaccords théoriques qui nous opposent, nous augmentons les chances de nous organiser efficacement sur le terrain des luttes. Non, nous, les militantes et militants, ne voulons pas toujours la même chose et, visiblement, nous n’allons pas toutes et tous dans la même direction. L’ignorer fait perdre du temps et de l’énergie inutilement. Prenons en conscience pour que des alliances stratégiques efficaces puissent se construire.

Chaque jour qui passe, ce sont près de 200 espèces animales et végétales qui sont exterminées par le fonctionnement normal de la civilisation. Les technologistes, en gaspillant l’énergie militante dans des débats stériles et en entretenant la confusion quant à leurs objectifs, ne font que retarder l’émergence d’une culture de résistance à même de démanteler la société industrielle. Cette résistance écologiste, féministe et libertaire est nécessaire. La continuité de la vie sur Terre et l’avènement de modes de vie humains soutenables et égalitaires en dépend, rien que ça…

Je finirai ce texte par une citation de Derrick Jensen qui devrait faire écho à la discussion entamée ici :

« L’anthropocentrisme suggère que les humains sont en quelque sorte le centre de l’univers, mais cette culture produit pire que cela. Depuis quelques temps, déjà, elle génère un technocentrisme qui suggère que la technologie est primordiale, la chose la plus importante. Cela fait des décennies que j’explique que le basculement de perception qui se produit lorsque notre loyauté n’est plus envers le système techno-industriel mais envers le monde naturel est crucial. Il nous faut abandonner le technocentrisme et l’anthropocentrisme, abandonner le suprémacisme humain qui nous coupe de tous les autres. Faire en sorte que votre loyauté soit envers la terre où vous vivez et la Terre en général. La raison pour laquelle ce basculement est crucial, c’est que l’on protège ce à quoi et ceux auxquels on accorde de la valeur. Si vous accordez de la valeur aux ordinateurs portables et aux machines en général, si vous accordez plus de valeur à cette culture qu’au monde vivant, vous défendrez la première au détriment du second. Ce qui est à la fois omnicidaire et suicidaire. »