Une foule immense de 50 000 personnes (8 500 selon les autorités) a défilé aujourd’hui à Bordeaux, hurlant ACABEU à chaque coin de rue mais timide à sortir du parcours bien encadré par un service d’ordre syndical aux allures de flics de proximité. Une manif sauvage tient finalement tête à la police tout l’après-midi, se faufilant en petits cortèges dans les rues jusqu’à la nuit tombée et malgré l’averse. Une journée entre frustration et énergie orageuse !



Dès ce matin des centaines de lycéen.ne.s et étudiant.e.s lancent des blocages aux lycées Effeil, Montaigne, Magendie, à l’IUT Carrière sociales et aux Beaux-Arts. A Montaigne, la Conf’ paysane tient un stand de nourriture et boissons pour égayer le blocage, pendant que les CRS tentent en vain de repousser les 400 lycéen.ne.s présent.e.s, protégé.e.s par un cordon de profs et de parents d’élèves.

Devant les lycées, les flics sont de plus en plus nombreux, les blocages se transforment en barrages filtrants ou disparaissent sous les gaz. Ils surveillent aussi la réouverture de lycées à Cenon, Lormont et Talence. Bravo à elleux pour leur persévérance malgré une répression terrifiante, surtout quand on manifeste pour la première fois. On sait par ailleurs qu’au sein même des établissements se préparent des conseils de discipline pour punir des élèves un peu trop turbulents au goût d’un personnel administratif fantasmant l’ordre et la rigueur.

Malgré tout, plusieurs dizaines de petits groupes de lycéen.ne.s convergent, arrivant d’on ne sait où, vers la Porte de Bourgogne. Il fait un temps d’été et il y a vraiment beaucoup de monde. Comme on pouvait s’y attendre, c’est le cordon de sécu de la CGT qui prend la tête de la manifestation. Ça marche calmement Cours Victor Hugo puis Cours d’Albret. On lit des pancartes toujours plus drôles et scandaleuses, comme « Macron, sors toi les doigts de Brigitte », « Macron baise ta prof pas les nôtres » ou « Je suis asexuel.le et l’État m’encule », ou encore « 8h-18h, même plus le temps de me faire lécher la chatte ». Des slogans plus mignons et moins lubriques comme « On rate nos leçons pour vous en donner une ». Et bien sûr beaucoup de panneaux sur l’état des établissements, la répression policière : « On vise le bac, la BAC vise nos têtes », contre la guerre. La jeunesse adore les pancartes, il y en avait partout !

Au croisement du Cours de l’Intendance, un cortège aux velléités à priori plus offensives se désolidarise de la promenade et tente de lancer une manif sauvage. Quelle ne fut pas notre surprise de se retrouver nez-à-nez avec un cordon de Cgtistes et de syndiqué.e.s de la FSU bien décidés à PROTÉGER la police de la jeunesse... heu non, la jeunesse de la police... (ou alors c’est l’inverse ?) en l’empêchant d’agir par elle-même en dehors du parcours déposé par les adultes ! Probablement inspiré.e.s par les images des chaînes humaines de profs protégeant les bloqueureuses face aux baqueux, ces syndicalistes apparemment investi.e.s d’un devoir divin de protection de « la jeunesse » ont tapé une crise de panique. On a entendu hurler « ces jeunes n’ont que 10 ans !!!!! » et « ils vont se prendre une grenade », alors même qu’on essayait de se donner de la force pour aller plus loin qu’une balade syndicale.

La sauvage tuée dans l’œuf et remisée en fin de cortège est obligée de suivre la marche encadrée. Quelques tags ont été posés, mais on a pas eu le temps de les lire. Il fallait finir le parcours, pour commencer la vraie manif, autonome et zbeulifiante. Les teneureuses de mégaphone, abonné.e.s à la récupération permanente, ont tenté d’appeler à une AG lycéenne Porte de Bourgogne. Un premier cortège, déjà parti à la Victoire, encourage un deuxième départ du traquenard. On repart Cours Victor Hugo, poubelles en tête. Les gaz ne se font pas attendre, et créent une dispersion maligne dans les rues de St Mich : plusieurs mini-cortèges s’élancent rue des Faures et rue des Menuts, se retrouvent aux Capucins, prennent la rue St Catherine puis la rue du Mirail, pour se faire encore une fois séparer Cours Victor Hugo. Tout l’après-midi, la police se fait balader dans les ruelles du centre ville. Sur la route, on croise des gens qui balancent des masques et du sérum phy depuis leurs balcons ou juste chantent avec nous, ça redonne de l’énergie pour ce parcours qui s’annonce un peu long. Des centaines de jeunes se retrouvent à la Victoire, en fait personne n’a envie de rentrer à la maison ! Repoussé.e.s jusqu’à Nansouty, on a l’impression que c’est fini mais non ! Même l’averse et le tonnerre ne les calment pas, et la colère gronde au ciel et sur les pavés. Des mortiers sont tirés et font reculer des flics qui ont reçu l’ordre de ne pas mutiler des enfants aujourd’hui... ou alors pas trop.

Alors que la nuit tombe bientôt, on ne sait toujours pas si c’est vraiment fini. Les petits groupes se reforment vite, se réfugient dans des écoles puis ressortent encore plus remontés, et les sirènes retentissent encore dans les rues de St Mich... Mais ne dorment-ils jamais ??? A l’heure ou nous écrivons ces lignes, on croit parfois entendre des explosions au loin et nos boucles Signal ne se sont toujours pas tues.

Avec les annonces gouvernementales de banalisation des prochaines jours au profit de l’expression d’une « démocratie interne », le gouvernement tente de temporiser dans une crise où il n’a pour réponse que la répression. Une chose est sûr, la jeunesse est belle et motivée, force aux jeunes !