Retour sur certains événements qui ont marqués la journée de mobilisation de ce 6 octobre à Bordeaux.



Cela fait des semaines que les lycéen-nes impressionnent par leur détermination, leur courage, leurs tactiques. Iels ont surpris le corps éducatif, les flics ainsi que toutes les organisations de gauche. Ces dernières disent les soutenir mais tentent chaque jour de récupérer cette rage légitime et incandescente qui les anime. Leur manière de bloquer à tous les endroits de la ville, de défendre ces blocages à coup de mortier et d’être si fluide dans les déplacements urbains réinvente une conflictualité qui a permis de faire entendre enfin leurs voix ainsi que de redonner espoir à toute une partie de la population qui se fait écraser sans cesse par les politiques répressives du gouvernement et de sa police.

Les blocus ont été animés et tenus autant dans les lycées de banlieues que de centre ville. Rarement de telles jonctions ont été faites dans les moments de révolte. Cette jeunesse qui se soulève est inspirante et redonne espoir. Tous les jours, elle paie cher le prix de cette répression démesurée - yeux éborgnés, mains arrachées, arrestations massives etc - pourtant chaque matin la détermination reprend, chaque fois cherchant à s’adapter à la répression en face. Pour elle c’est un fait établi, la police est raciste. Défiant à outrance le pouvoir en place, on peut le dire, c’est une génération ACAB.

Aujourd’hui les syndicats à la traîne ont appelé à des manifestations partout dans le pays en soutien à la mobilisation lycéenne. A Bordeaux, la CGT a enfin ouvert vendredi dernier la Bourse du travail, son temple vide et poussiéreux à l’AG lycéenne qui se faisait gazer. Quelques dizaines de lycéen-nes de peu de lycées ont pu se réunir à l’abri de la répression et ont demandé à la CGT de les protéger des violences policières. Ces inquiétudes sont parfaitement légitimes au vu du niveau de violence et de haine présent dans les rangs de la police. Or, la CGT a visiblement mal compris les enjeux puisque celle ci a passé sa manif à surveiller et suivre les lycéen-nes motivés, les bandes racisées et les gens cagoulés. Et une fois que la manif plan-plan à enfin rejoint les quartiers bourgeois, une partie du cortège a voulu s’approcher du cour de l’intendance et ses boutiques de luxe où était déployé un dispositif policier. Des membres de la CGT sous la forme d’un service d’ordre ont fait barrage non pas pour empêcher des violences policières mais bien pour brimer des moyens d’action et d’expression de cette jeunesse légitimement débordante. Des embrouilles verbales ont fusé face à cette ligne de vieux militants qui faisaient face au cortège. Les gens leur reprochaient de faire le travail de la police, d’être paternalistes et infantilisants avec les jeunes ainsi que de ne favoriser que des stratégies éculées et perdantes. Les jeunes sur place ont répondu en scandant « Justice pour Nahel ! » et « CGT collabo ». Il semblait ensuite plus opportun de ne pas cristalliser ce moment de tension afin de poursuivre la manif malgré tout.
Ce SO de pacotille était très à l’aise pour faire la leçon à ceux qui voulaient s’aventurer, n’ayant jamais ne serait-ce qu’un regard en direction de la police pour vérifier les mouvements des CRS derrière. Etre aussi à l’aise avec des flics dans le dos, c’est savoir qu’on a leur complaisance.

Cet épisode ne fut pas le seul, ils ont aussi passé une bonne partie du parcours à mettre la pression sur celleux qui déplaçaient ou allumaient des feux de poubelles ou montaient sur les arrêts de bus, n’hésitant pas à invectiver les gens avec des menaces et des propos lunaires.

De cette journée il faudra retenir la pacification imposée par les syndicats et la tentative de réappropriation d’un mouvement qui n’est pas le leur. Ceux-ci ont aussi manqué de créativité pour trouver des espaces de lutte ou de réflexions comme aurait pu l’être l’occupation ou le blocage d’un lieu ou toute autre initiative qui aurait donné corps et sens pour l’ensemble des personnes qui souhaitaient être ensemble dans la rue aujourd’hui.