Extrait d’une brochure à venir sur les ravages industriels
La transition énergétique et/ou écologique est une foutaise – comme toutes les phases de transition annoncées : il s’agit, pour les gouvernements, les technocrates et les patrons, de continuer la trajectoire capitaliste et industrielle ; de prolonger le désastre pour s’enrichir encore et encore, en attendant une éventuelle solution technique, et sinon tant pis pour la très large majorité de la population. « Après nous le déluge » est le mantra des gens de pouvoir.
De fait, les solutions technologiques de la transition énergétique sont basées sur une croissance de la consommation d’énergie et de l’extraction minière, donc toujours plus de dégâts. Même les éoliennes, les panneaux solaires, les voitures électriques, produisent en réalité des ravages industriels – surtout quand on rase des forêts pour installer des parcs solaires.
De toute façon, l’augmentation de la part de l’énergie dite renouvelable suffit à peine à absorber la croissance de la consommation d’énergie. Elle ne remplace pas, elle s’ajoute, comme cela a toujours été le cas. Les champs industriels de panneaux solaires et d’éoliennes poussent partout, surtout dans des paysages jusque-là épargnés par les aspects les plus ostentatoires de la civilisation.
En Chine, des parcs solaires et éoliens coexistent avec des centrales à charbon. En Norvège, le plus grand parc éolien flottant au monde alimente… des plateformes pétrolières. En réalité, les énergies renouvelables s’additionnent à l’énergie carbonée. En même temps, il n’y a jamais eu autant de charbon, de gaz et de pétrole qui sont brûlés.
Pis, sous couvert de transition énergétique, industriels et gouvernements visent à développer des infrastructures et à promouvoir de nouveaux marchés, rendant le public dépendant de nouvelles technologies ne répondant à aucune demande. Produire plus, vendre plus, créer de nouveaux besoins, encore et encore. Cela a été le cas avec l’imposition de la 5G dès 2020 en France, alors même que des officines institutionnelles (Haut conseil pour le climat notamment, mettant en avant le non-respect des engagements légaux pris par l’Etat) alertaient sur la croissance des gaz à effet de serre engendrée et les effets sanitaires désastreux (cancers, maladies respiratoires, problèmes de santé liés à une sédentarité accrue, isolement social et troubles mentaux, hyperélectrosensibilité, etc.). Comme toujours, l’Etat est au-dessus de ses propres lois, et sera pourtant très prompt à engeôler et qualifier d’‘’écoterroristes’’ les saboteurs et saboteuses souhaitant garder « la tête haute, le cœur ardent ».
L’essor de l’électrification et du numérique à lui seul oblige à une croissance exponentielle d’énergie. Et au cœur de ces foutaises, il y a bien évidemment le nucléaire, présenté comme le nec plus ultra de la décarbonation. Les victimes, y compris celles qui ne sont pas encore nées, des catastrophes de Tchernobyl et de Fukushima apprécieront. Pourtant, les réacteurs atomiques rejettent du SF6 (hexafluorure de soufre), entre autres gaz à effet de serre parmi les plus puissants. Il faut par ailleurs extraire l’uranium, le transporter et le transformer par des procédés polluants. En outre, les centrales pompent énormément d’eau (70 % des eaux prélevées en surface en France), nécessaires pour refroidir les réacteurs. En période de canicule et de sècheresse, les réacteurs doivent d’ores et déjà être mis à l’arrêt, étant donné la pénurie d’eau.
Il n’y a donc aucun sens à continuer dans cette voie, qui cause déjà suffisamment de ravages et entretient des rapports sociaux hiérarchisés basés sur la dépossession. Il s’agit donc d’en finir avec l’absurdité capitaliste. L’essentiel de l’énergie aujourd’hui est capté pour ses industries (30 %) produisant des marchandises rapidement périssables, souvent inutiles et nuisibles : armement, bureaucratie, produits de luxe, publicité et marketing, banque et finances, gadgets technologiques, etc. L’autre secteur le plus énergivore est celui des transports permettant la circulation de ses marchandises (29 %). Tout ça pour cultiver du lin en Normandie, l’exporter en Chine où il sera transformé en fringues, qui elles-mêmes seront vendues sur les étals de Normandie. Sans oublier le transport aérien et les lignes à grande vitesse pour la bourgeoisie.
Il faut tout simplement en finir avec les illusions du solutionnisme technologique. La technologie ne nous sauvera pas. Elle est directement responsable d’une grande partie des ravages que l’on connaît. Continuer dans ce sens revient à aller droit dans le mur – le « Mur vert » que dénonçait Evgueni Zamiatine dans son roman dystopique Nous, dès 1920, celui qui sépare notre monde parfait des machines, du contrôle et de la prévisibilité avec le monde déraisonnable et informe des arbres, des oiseaux, des animaux. Ce n’est pas pour rien que la Silicon Valley et les patrons de la Tech sont à l’avant-garde de ce projet, qui pue le racisme, la misogynie, l’autoritarisme, le transhumanisme et l’eugénisme.
Je rappelle par ailleurs que les nucléocrates ont été les précurseurs de cette façon d’envisager l’avenir : cela fait des décennies qu’ils et elles font expérimenter in vivo « la vie sous contrainte radiologique », d’abord à Tchernobyl, puis à Fukushima, où les terres contaminées servent dorénavant dans les travaux publics pour des parterres fleuris et la construction d’immeubles . Il s’agit de nous préparer à vivre avec la contamination, en mesurant quotidiennement les doses ingérées de poison, en pissant régulièrement dans des flacons pour surveiller son niveau d’intoxication, et s’il le faut en restant branché sous respirateur. Le meilleur des mondes inhabitable, où tout se mesure et se contrôle.