canicule et guerre sociale



« Comme on le disait hier, tout le monde a chaud. C’est rare d’ailleurs de vivre un événement universel. On est tous logés à la même enseigne. Si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud. Un ministre, il aura chaud », Yann Barthès, idéologue bourgeois

On est fin juin dans la capitale du Calvados. Je dois prendre la voiture pour aller en ville, pas le choix. Rentrer dans la voiture est un calvaire, tout comme saisir le volant brûlant. Je mets la ventilation à fond, avant de bien vite baisser : elle envoie de l’air chaud. Les rues sont désertes, ce qui contraste avec les habituels jours de semaine où les voitures s’entassent au feu rouge et les places de parking sont chères. Ici et là, des passants et passantes qui ont bravé le soleil brûlant, sans doute par nécessité ou en espérant fuir la fournaise de leur appart sous les toits, gisent allongés sur le sol, pieds maintenus en l’air, avec quelques badauds solidaires autour d’elles et eux, attendant les secours. Il y a des malaises à répétition, ce qui contribue à offrir une petite vision d’apocalypse. Plus tard, j’apprends que des écoles sont ouvertes jusqu’à midi, mais les transports publics s’arrêtent à 11h. A part les quelques privilégiés dont les parents peuvent se libérer et traverser la fournaise en voiture climatisée, il faudra donc à ces jeunes affronter la chaleur et marcher jusqu’à chez eux.
Les canicules sont de plus en plus intenses et fréquentes. Pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, les températures dépassent des seuils dangereux pour la santé et les corps souffrent. Loin d’être un phénomène naturel, elles sont une conséquence du réchauffement climatique produit par le capitalisme et la société industrielle. Elles sont aussi le signe d’une accélération des désastres en cours. En France, le phénomène s’accentue : le ministère de la Transition écologique comptabilisait 17 vagues de chaleur entre 1947 et 2000, contre 32 entre 2000 et 2025. Dans le scénario de référence français d’adaptation, Météo-France prévoit que le nombre de jours de vagues de chaleur serait multiplié par 5 dans une France à +2,7 °C, vers 2050, puis par 8 à 10 dans une France à +4 °C, vers 2100, par rapport à 1976-2005. Ce n’est donc que le début, et comme en plus on sait que ces chiffres minimisent probablement la vitesse et l’intensité des changements à venir, ce sera probablement pire. Pourtant, déjà, l’OMS (pas un truc de gauchiste ou d’écolo, donc) considère que la chaleur tue en moyenne plus de 175 000 personnes par an en Europe. Santé publique France attribue chaque été, au niveau national, plusieurs milliers de décès à l’exposition à la chaleur : plus de 5 700 pour l’été 2025, dont plus de 1 900 pendant les seuls épisodes de canicule. Pour 2026, on annonce plusieurs milliers de décès supplémentaires.
Mais qu’importe pour les puissant-es et les gens de pouvoir. Après tout, c’est d’abord un truc de pauvres ! De fait, les riches sont plus tranquilles avec leur piscine (qui privatise l’eau, devenue de plus en plus rare) et leur baraque avec clim’ (qui réchauffe encore plus le reste du monde). Et lors de cette canicule, on voit apparaître tout le cynisme de cette clique, avec ce mantra crié bien fort : on s’en fout, après nous le déluge ! CNews entre carrément en guerre (sociale) contre les jeunes qui osent faire des batailles d’eau dans les rues, ouvrir les vannes des bornes incendie pour échapper à la fournaise et aller se baigner là où c’est possible. Signe de déclin de la civilisation et d’ensauvagement pour ces fachos télévisuels. Ça donne surtout envie de remplacer les pistolets à eau par des vrais pour faire taire ces journalistes réacs une bonne fois pour toute… Les journaux télévisés des chaînes publiques ne font pas mieux, en multipliant les reportages sur les piscines et l’installation de la clim’, pour la modique somme de 10000 euros. C’est assez clair sur le public cible.
Pendant ce temps-là, les classes populaires étouffent dans des apparts et crèvent au boulot, les taulards suffoquent entassés dans leurs cellules, les sans-abris essaient de survivre comme lors des vagues de froid. Le réchauffement climatique et les canicules sont un révélateur de la guerre de classes ! A nous aussi de l’assumer et de lutter contre tous les Bernard Arnault, ministres, Yann Barthès et CNews du monde ! Que nos barricades et nos insurrections incendiaires leur donnent, à eux et elles aussi, un bon coup de chaud !