Les guerres et les génocides se fabriquent ici. Mieux comprendre l’industrie de l’armement à Marseille pour mieux l’attaquer. Les fabricants d’armes ne sont pas que des très grosses entreprises intouchables. Il y a des petites usines et entreprises de sous-traitance accessibles, tout proche de chez nous, à Marseille : sur le technopole de chateau gombert.



La France est le deuxième plus grand exportateur d’armes au monde, qui représente une activité économique importante : 21,6 milliards d’euros d’exportations en 2024. L’industrie de l’armement ne sert pas à "se défendre" (d’ailleurs défendre qui ? de qui ?), c’est un business florissant, qui suit les mêmes règles que tout secteur capitaliste. Sur les 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires total par an, 72% proviennent de l’export, donc en armant d’autres pays.

Les guerres actuelles sont de plus en plus technologiques et les industriels s’adaptent, par exemple en formant des technopôles partout sur le territoire. Marseille est partie prenante de cette économie de guerre, notamment avec le technopôle de Chateau-Gombert dans le 13ème arrondissement. Vous en avez peut-être déjà entendu parler par rapport à EUROLINKS qui vend des maillons pour munitions a l’armée génocidaire d’israel et CMR impliqué dans la guerre au Soudan. Ce n’est pas un hasard si ces deux entreprises sont situées sur le technopôle : c’est tout un écosystème de l’armement qui se trouve dans le nord de Marseille.

1. C’EST QUOI LE TECHNOPOLE DE CHATEAU-GOMBERT ?

Un technopole c’est une sorte de zone d’activité, ou plusieurs entreprises sont regroupées au même endroit, et qui est pensée et conçue pour favoriser l’innovation technologique. Cet outil est inventé par l’état français dans les années 70 pour favoriser des synergies entre complexes industriels et universitaires. A Marseille, la ZAC (zone d’aménagement concerté) de Château-Gombert a été initiée en 1986 en vue de constituer un pôle technologique de niveau international. Aujourd’hui le technopole réunit 170 entreprises et 4000 emplois sur 180 hectares.

Les technopoles fonctionnent comme des écosystèmes de l’innovation complet : de la formation et la recherche à la fabrication industrielle, en passant par les structures de financement et d’aides aux entreprises. Au technopole de Chateau-Gombert, on trouve 8 laboratoires de recherche, 2 grandes écoles d’ingénieur, 15 plates-formes technologiques, 1 incubateur inter-universitaire et 2 pépinières d’entreprises qui permettent le développement du "1er pôle de recherche français en mécanique-énergétique après l’Île de France" Le technopole est piloté par la métropole Aix-Marseille-Provence en partenariat avec la ville de Marseille et avec le soutien du Conseil Départemental des Bouches-du-Rhone et de la Région Provence-Alpes-Cote d’Azur.

2. TECHNOPOLE ET ARMEMENT

La France est actuellement en plein contexte de production massive d’armement, c’est le nouveau modèle "d’économie de guerre" souhaité par macron. Le projet de loi de programmation militaire (LPM) prévoit de consacrer 413,3 milliards d’euros aux Armées sur sept ans (2024-2030), soit une hausse de 40% par rapport à la précédente LPM (2019-2025), et qui ferait du budget militaire le premier du pays, avec 67,4 milliards en 2030.

La place des innovations technologiques est primordiale dans les nouvelles techniques de guerre et c’est aussi une marque importante pour le rayonnement français dans le monde. Comme l’explique le site officiel de la défense "La force du modèle français (de l’industrie de la défense) repose sur une exigence d’innovation continue. Entre 2015 et 2022, les industriels du secteur ont investi jusqu’à 11 % de leur chiffre d’affaires en recherche et développement, civile et militaire. La compétitivité française tient enfin à un écosystème coopératif. Grands groupes, PME, clusters et institutions publiques y partagent une culture commune de la performance et de la souveraineté. " C’est exactement ce que l’on retrouve dans l’esprit des technopoles, qui réunissent la recherche et le développement, et les partenariats entre institutions privées et publiques.

L’ensemble de toutes les entreprises qui prennent part aux activités de défense d’un pays forment la BITD (Base Industrielle et Technologique de Défense). En France, la production de matériel de guerre est organisée autour de 9 très grands groupes européens\mondiaux : Airbus Defence and Space, Dassault Aviation, Thales, Safran, MBDA, Naval Group, KNDS France (ex-Nexter), Ariane Group et Arquus. Ces grands groupes produisent notamment des avions de combat, des missiles et des navires de guerre. Autour de ces grands industriels, il y a tout un réseau de plus petites entreprises qui représente "4 500 PME et ETI, dont 1 000 jugées stratégiques par la DGA (Direction Generale des Armees), les petites et moyennes entreprises sont le moteur de l’innovation et de la flexibilité de la BITD. Ces structures, souvent spécialisées dans des niches technologiques, produisent des composants essentiels : capteurs, systèmes électroniques, ou encore pièces mécaniques de haute précision". Ce sont ces petites et moyennes entreprises, sous-traitées par les grands groupes, que l’on trouve dans les technopoles.

La majorité des activités industrielles et de recherche sont duales, c’est à dire qu’elles concernent des produits à la fois pour le secteur civil mais aussi pour le secteur militaire. Par exemple, au technopole de Château-Gombert, CMR fabrique des installations électriques pour des usines (civile) et pour des char de combats (militaire).

3. ARMEMENT ET EXTRACTIVISME

L’industrie de l’armement, et par extension les technopoles, nécessitent des matières premières spécifiques, comme : "Le cobalt, par exemple, qui est utilisé dans le domaine militaire pour les missiles, les réacteurs et les turbines des avions et navires militaires. Or, plus de la moitié du cobalt produit dans le monde provient de République démocratique du Congo, pays en proie à des conflits meurtriers. "

Autre exemple : Ces deux dernières années, Dassault a signé des contrats pour livrer 36 avions de chasse Rafales à l’Inde, et 24 à l’Égypte. Or, de quoi est constitué un Rafale ? Les ailes sont faites de titane, d’aluminium, de cuivre, de manganèse… Son moteur contient du nickel, du cobalt, du molybdène, du tantale, du tungstène, entre autres. Dans ses systèmes électro-optiques, on trouve notamment du néodyme et de l’yttrium, deux minerais qui font partie de la famille des « terres rares », produites presque exclusivement par la Chine, dans des conditions inhumaines.

Concrètement sur le technopole : Eurolinks utilise de l’acier, Sitindustries Marine du cuivre et du nickel, Tommasi : aciers fortement alliés, aluminium, inox, cuivre, laiton, zircaloy, les entreprises de technologie numériques/électroniques (traxens, etc) : une multitude dont le fer, cobalt, cuivre, or, tantale, tungstène. L’extraction industrielle de ces matériaux entraîne de graves atteintes aux droits humains et à l’environnement, notamment en RDC pour le cuivre et le cobalti ; aux Philippines et en Indonésie pour le nickel ; en Afrique du Sud et au Liberia pour l’acier.

4. LES ENTREPRISES DE LA GUERRE SUR LE TECHNOPOLE :

USINES

Parmi les usines de fabrication, plusieurs sont spécialisées dans la fabrication de pièces spécifiques en métal, comme les maillons pour munitions de Eurolinks, les pièces pour l’aéronautique de Tommasi, et celles pour le secteur maritime de Sitindustries Marine, vendues aux grands groupes de l’armement (Airbus Helicopters, Thales, Safran, etc.).

EUROLINKS : Eurolinks fabrique des maillons pour les munitions, ce sont des éléments indispensables au fonctionnement des armes automatiques.

EURO LACHAUSSEE se situe a la même adresse que Eurolinks. C’est une usine de production de machines qui fabriquent des munitions, d’éléments pyrotechniques et de détonateurs.

TOMMASI INDUSTRIES : C’est une usine spécialisée dans l’usinage de précision. Tommasi a un partenariat privilégié depuis 50 ans avec Airbus Helicopters et elle possède différentes qualifications Airbus Helicopters comme l’usinage de pièces de classe 1, la mise en œuvre de procédés spéciaux de montage, l’approvisionnement de matières aéronautiques (Genre 6) ainsi que la gestion de la sous-traitance de rang 2.

SITINDUSTRIES MARINE : C’est une entreprise qui fabrique des éléments dans un alliage métallique particulier résistant à l’eau salée et à d’autres conditions spécifiques. Précisément, elle fabrique des tuyaux cuivre-nickel, de raccords et des paquets de brides pour la construction navale et l’industrie offshore. Plusieurs partenaires sont des entreprises d’armement comme BAE systems, General Dynamics, Maersk et plusieurs entreprises de défense des Etats-unis.

FIVES PILLARD et FIVES NORTH AMERICAN COMBUSTION FRANCE : C’est une succursale du très grand groupe international FIVES, qui conçoit et fabrique des systèmes de combustion, fours, etc, pour les industriels, dont des entreprises du secteur de la défense. Dans ses partenariats on retrouve les géants de l’armement USA : General Dynamics, Lockheed Martin Network, Northrop Grumman, Space X...

CMR Group : CMR conçoit et fabrique des équipements électriques militaires (utilisés à bord de chars, de véhicules tactiques ou de fret). CMR a un partenariat spécifique avec l’entreprise KNDS qui a vendu des systèmes GALIX pour des véhicules blindés au Soudan.

TRAXENS : Traxens conçoit et fabrique des éléments pour le suivi précis et sécurisé des containers de transport. Traxens a comme actionnaires et clients, trois très grandes compagnies maritimes participant au transport des armes à travers le monde : Maersk, CMA CGM et MSC Mediterranean Shipping Company.

AUTRES ENTREPRISES

L’entreprise SEADVANCE est spécialisée dans la prédiction de panne pour les industriels. Cette entreprise déclare sur son site internet travailler pour le secteur de la défense, et était présente au salon d’armement Euronaval et à l’agence Innovation Défense.

AXA Assurance et Banque a des investissements dans des entreprises d’armement, dont plusieurs qui arment israel. Plus précisément, elle a investi $150.43 million dans Rolls-Royce, GE Aerospace (anciennement General Electric), Honeywell Technologies, Textron, Boeing, Lockheed Martin, General Dynamics, Northrop Grumman, RTX (anciennement Raytheon Technologies), L3Harris Technologies, et BAE Systems.

T.EN TECHNIP ENERGIES est une entreprise de recherche et de développement en robotique des systèmes complexes en milieux hostiles, notamment dans le domaine du nucléaire et de la défense navale.

CENTRES DE FORMATION

Il y a deux écoles d’ingénieurs sur le technopole de Château-Gombert : Centrale Méditerranée et Polytech de Aix-Marseille Université, qui ont des liens directs avec les industries de l’armement ou la défense.

Centrale Méditerranée propose un master spécialisé en cybersécurité systèmes complexes, industries et défense. Polytech a parmi son “club des partenaires” plusieurs grands groupes de l’armement : Thales, Safran, STMicroelectronics, Naval Group et CEA . De par ces partenariats, les étudiant-es sont amené-es à faire des stages dans ces entreprises d’armement, à dépendre d’elles pour financer leur thèse, et une fois diplômé-es, à y travailler.

Récemment plusieurs directions d’universités en France ont été mises en demeure de s’expliquer sur leur responsabilité légale et leur implication dans le génocide par le maintien de leurs partenariats avec des universités israéliennes, activement complices du génocide et acteur majeur dans le complexe militaro-industriel israélien. Voir le rapport complet https://www.academiccomplicity.fr

LABORATOIRES DE RECHERCHE

La Fédération de recherche Fabri de Peiresc regroupe 4 laboratoires de recherche : Laboratoire de mécanique et d’acoustique (LMA), Institut de recherche des phénomènes hors-équilibre (IRPHE), Laboratoire de mécanique, modélisation & procédés propres (M2P2), Institut universitaire des systèmes thermiques industriels (IUSTI), Laboratoire d’astrophysique de Marseille (LAM).

Tous ont des liens directs avec les grandes entreprises d’armement : Airbus Helicopters, Safran, Thales, STMicroelectronics, Dassault et la Direction Générale des Armées, par des collaborations de recherche, des financements de thèses nécessaires pour ces industriels, et des partenariats industriels.

L’unité de recherche LAM de l’Observatoire des Sciences de l’Univers (OSU) Institut Pythéas LAM fait financer des thèses par Thales, et collabore avec la Nasa et SpaceX.

POUR FINIR

Mieux comprendre le fonctionnement du complexe industrialo-militaire capitaliste permet de mieux le démanteler. Sous couvert de recherche fondamentale, de développement technologique ou de production civile ou duale, ces entreprises génèrent et profitent des guerres et des génocides dans le monde entier. C’est un business, une logique économique qui repose sur les conflits armés, qui en a besoin pour exister et qui travaille fièrement à augmenter leur puissance de jour en jour.

Et voila la version pdf A4 :