Vous avez l’habitude des gros chiffres, mais Campus IA surpasse tout !
- 70 hectares de terres agricoles, soit 100 (!) terrains de foot
- 50 milliards (!) d’euros d’investissement
- 17 % de la consommation d’électricité de la région
Les data centers, ça chauffe. Derrière chaque data center, il y a un système de refroidissement. Celui de Campus IA utiliserait 500 tonnes de liquide de refroidissement par an.
Sur ces 500 tonnes, des polluants éternels (PFAS) s’échapperaient à raison de 3 % par an dans l’environnement, soit 15 tonnes déversées dans la nature chaque année. C’est énorme.
Et on le sait désormais, les PFAS menacent la santé des écosystèmes et humaine, en se stockant dans les corps et l’environnement, multipliant les « effets cocktails ».
Campus IA : tout un symbole de l’asservissement des terres par une industrie vorace
La mobilisation à Grenoble contre les industries STMicroelectronics et Soitec portée par STopMicro et les Soulèvements de la terre de mars dernier l’a bien montré : les industries du numérique (usines à puces, data centers, etc.) sont voraces. Voraces en tout - terres, eau, électricité, main d’œuvre.
Mais ce sont d’abord des terres dont nous voulons parler.
Avec l’empire logistique, le secteur du numérique est l’un des gros artificialisateurs de terres du pays. Le terrain prévu pour Campus IA représente à lui seul 100 terrains de foot : c’est colossal et l’on sait désormais quel désastre représenterait l’artificialisation de ces terres (destruction des sols, disparition de terres arables, augmentation du risque d’inondation, destruction d’habitats pour la biodiversité). Mais il faut aussi voir que ces terres n’ont pas été choisies au hasard.
Fouju a été choisi parce que c’est le terrain idéal, pragmatiquement et politiquement parlant. Si ces 70 ha de terres venaient à être engloutis, il est fort à parier que personne dans la classe dirigeante et dans la presse mainstream ne s’en émouvrait. D’abord, le terrain, situé à proximité immédiate de l’autoroute A5 et de lignes à très haute tension, fait partie de ces terres que l’on considère comme "sacrifiables" de longue date.
Mais Campus IA est en fait symptomatique d’un mouvement de fond : celui de la préemption de territoires périphériques pour servir les métropoles et le pays tout entier. Au-delà de Fouju, des dizaines de centres de données XXL et usines à IA, qualifiés de "projets d’intérêt national majeur" s’apprêtent à pousser à Cambrai, au pied du tracé du canal Seine-Nord-Europe, à Châteauroux ou encore à Valence. Cette dynamique semble trouver un paroxysme en banlieue francilienne. Au-delà de la Seine-Saint-Denis (93), dans laquelle un véritable extractivisme moderne et néo-colonial fait ravage, les campagnes d’Ile-de-France, et notamment la Seine-et-Marne (77), deviennent elles aussi de véritables territoires servants, mis au pas par des projets ou des installations de sites toxiques, dont Campus IA n’est que l’un des exemples.
C’est en effet là qu’on prévoit de bétoniser la zone humide de la Bassée pour le projet de mise à grand gabarit, qu’on trouve les immenses silos de l’agro-industriel Soufflet ainsi qu’une immense carrière pour extraire les ressources nécessaires à l’industrie du béton. Une dynamique que l’on retrouve à l’échelle du monde postcolonial du XXIe siècle, dans lequel les pays du Sud global continuent d’alimenter le Nord. Nos camarades de STopMicro l’avaient bien dit : "des mines congolaises aux immenses décharges de déchets électroniques ghanéennes en passant par les ateliers de misère asiatiques, le numérique repose sur une exploitation coloniale".
Bref, qui ira s’indigner que les 70 ha de Fouju soient artificialisés dans un territoire peu habité, jamais ou mal représenté, voire méprisé ?
Campus IA : sous couvert de souveraineté, une infrastructure de plus pour le techno-fascisme
Dans l’espoir de rivaliser avec l’empire technologique étasunien, l’État veut faire de la France le nouveau leader de l’IA. Des projets de data centers comme Campus IA sont donc vus comme indispensables à la compétition internationale en cours.
Mais ni les investisseurs, ni les usines et sites eux-mêmes n’ont pour but (unique) de développer des technologies pour œuvrer au bien de l’humanité. La plupart des produits de l’industrie du numérique ont un double emploi ("dual-use") numérique/militaire (armée, surveillance, répression) - c’est le cas pour les semi-conducteurs fabriqués par STMicroelectronics par exemple. Et ce qui est bien connu pour les usines de semi-conducteurs ou de puces, commence à se voir pour l’IA.
En mars 2026, Open AI, leader étasunien dans l’IA (co-fondée par Elon Musk), a signé un accord avec l’administration Trump pour permettre à l’armée étasunienne d’utiliser les modèles d’Open AI dans un cadre militaire. L’IA est par exemple responsable de ’l’erreur de ciblage’ qui a conduit à la mort de 168 civil·es, principalement des écolières, à Minab en Iran le 28 février.
Même son de cloche en France : Mistral AI, concurrent européen d’Open AI et investisseur du projet, a signé en janvier dernier un accord avec le ministère français des Armées pour "renforcer la souveraineté technologique de la défense". Sauf que le chatbot est accusé fin avril de relayer de la désinformation provenant des réseaux ou médias proches des États russes, chinois ou iraniens.
Or, l’accélération fasciste internationale a désespérément besoin de maintenir un état de guerre permanent, à l’intérieur comme à l’extérieur. Les outils et produits de l’IA sont une aubaine pour les techno-fascistes de tout bord : désinformation active, surveillance de masse et collaboration avec l’armée ou les ministères de l’Intérieur, ingérence en période électorale...
Comment pourrait-on croire que Campus IA ne sera pas un site de plus œuvrant à la fascisation de nos existences ?
Face à ce projet qui s’annonce plus que vertigineux, la résistance s’organise : des collectifs et organisations écologistes, techno-critiques, paysannes s’allient.
Nous vous invitons à participer à fond à l’enquête publique qui dure un mois et à déposer un maximum d’avis pour faire monter la contestation !
Retrouvez toutes les infos sur https://linktr.ee/stopcampusia
Il est temps de faire monter l’opposition locale d’un cran : on se retrouve le 24 mai à Fouju pour un pique-nique d’opposition, dans le cadre du Printemps des luttes locales.