Ce dimanche, le groupuscule d’extrême droite fasciste « Les Natifs » appelle à un rassemblement pour dénoncer une prétendue « invasion » par des « clandestins » des gymnases municipaux parisiens. L’objectif de ces nervis ne laisse pas de place au doute : il s’agit d’une tentative d’intimidation à l’encontre des habitant·es du gymnase. Utopia56 appelle à un contre-rassemblement ce dimanche 19 avril à 15h devant le gymnase Fédération, 16 rue de la Fédération, Paris 15e.

Ce dimanche, le groupuscule d’ultradroite fasciste "Les Natifs", appelle a un rassemblement pour dénoncer une prétendue "invasion" par des "clandestins" des gymnases municipaux parisiens.
Ces équipements sportifs ont été réquisitionnés par la Ville de Paris afin d’héberger en urgence des personnes sans-abri.
Les organisateurs appellent a un rassemblement devant la mairie du 15e arrondissement. En réalité, ils ciblent explicitement un gymnase bien précis et ses habitant.es.
Le directeur éditorial de Frontières et fondateur d’OccidentisFR, deux médias d’extrême droite, a relayé cet appel en affirmant son intention de se rendre sur place pour “expulser les clandestins” de ce qu’il qualifie de “squat”.
L’objectif de ces nervis ne laisse pas de place au doute : il s’agit d’une tentative d’intimidation a l’encontre des habitant-es du gymnase.
Les organisateurs prétendent agir au nom de la "sécurité des riverains", mais ce sont bien leurs appels à la haine et prises de position racistes qui font peser un risque réel sur la tranquillité publique et la sécurité des personnes concernées.
Rappelons que "Les Natifs", obsédés par la thématique raciste de la "remigration" s’étaient déjà Illustrés par une manifestation raciste devant l’occupation d’une école par des mineurs non accompagnés à la rue, affublés d’une banderole "Clandestins expulsion, Utopia dissolution."
Ils sont les héritiers directs de "Génération identitaire", organisation dissoute pour avoir diffusé une idéologie raciste incitant à la haine et à la violence, notamment envers les personnes étrangères et de confession musulmane.
Sa dissolution avait été jugée nécessaire face aux risques graves qu’elle faisait peser sur l’ordre public.
Tout part d’une offensive médiatique lancée par le maire LR du 15e arrondissement, Philippe Goujon.
Un élu qui n’en est pas à son coup d’essai : en 2016 déjà, il s’était illustré en expulsant lui-même des personnes sans-abri d’un gymnase, allant jusqu’à "shooter dans leurs affaires". Une violence assumée, aujourd’hui prolongée par ses prises de position.
Depuis son conseil d’investiture du 6 avril dernier, il martèle une rhétorique bien connue de l’extrême droite, en dénonçant la présence de "migrants dont la plupart seraient en situation irrégulière".
Sur CNews, il réclame que "d’autres solutions soient trouvées", pour "ceux en situation irrégulière qui n’ont rien à faire sur le territoire national".
Derrière cette formule, une idée très claire : instaurer une hiérarchie entre les personnes et trier les sans-abri.
C’est précisément le cœur de la rhétorique de la "préférence nationale" portée de longue date par l’extrême droite : faire croire que l’accès aux droits fondamentaux, ici l’hébergement, devrait dépendre de la nationalité ou du statut administratif.
En reprenant ces codes et ces propositions, Philippe Goujon banalise et légitime un projet profondément discriminatoire. Ces propos sont mensongers, dangereux et indignes d’un représentant de la République. Ils construisent l’idée que certaines vies compteraient moins que d’autres.
Refuser l’hébergement d’urgence à des personnes en situation irrégulière, c’est les condamner à survivre dehors, au péril de leur santé et de leur vie.
Pourtant, la loi est sans ambiguïté : "toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence" (CASF, art. L 345-2-2). Ce principe est inconditionnel, et le Conseil d’État l’a reconnu comme une liberté fondamentale.
Opposer les personnes entre elles et remettre en cause l’inconditionnalité de l’hébergement, ce sont des marqueurs idéologiques clairs de l’extrême droite. Les reprendre, c’est franchir une ligne grave.
L’hébergement n’est pas un "privilège" réservé à quelques-uns. C’est un droit pour toutes et tous.
Il n’en fallait pas plus pour que la meute médiatique de Vincent Bolloré se lâche. Sur CNews, un chroniqueur compare des gymnases qui mettent à l’abri des familles à des "salles de shoot" [1] qui "pourrissent la vie des gens". Une violence verbale assumée, qui révèle le mépris profond pour les personnes précaires et usagères de drogue.
Dans le même temps, Frontières réalise des reportages piégeux en posant des questions faussement neutres à des habitantes du gymnase.
Le Figaro regrette de ne pas pouvoir "observer l’intérieur" du gymnase, comme si ce lieu de vie (qui relève pourtant du cadre juridique de la protection du domicile) était un lieu suspect à exposer à la curiosité publique.
Rien de tout cela n’est anodin. Ces élus, ces médias, aux côtés de groupuscules néofascistes comme "Les Natifs", mènent une offensive idéologique claire : instrumentaliser l’hébergement d’urgence pour diffuser leurs obsessions racistes.
Dans ce récit, les véritables responsables sont soigneusement effacés. Pas un mot sur les choix politiques de l’État : suppression massive de places d’hébergement d’urgence, notamment pour les demandeurs d’asile, et explosion des expulsions locatives, qui jettent chaque année des dizaines de milliers de personnes à la rue.
L’État hors-la-loi est directement responsable de la mort de près de mille personnes, dont une quarantaine d’enfants, rien qu’en 2025, décédés dans les rues de France, selon le collectif des morts de la rue.
Ce silence n’est pas un oubli, c’est un choix.
Et puis il y a une obsession, martelée toute la semaine dernière : la présence d’hommes dans le gymnase.
Influenceurs d’extrême droite, chroniqueurs et responsables politiques se sont relayés pour venir filmer devant les lieux, cherchant à "prouver" qu’il n’y aurait pas seulement des femmes et des enfants.
Comme si certaines personnes méritaient moins que d’autres d’être protégés. Les hommes précaires, racisés, exilés sont construits comme des menaces, des indésirables qui ne mériteraient que de mourir sur un trottoir.
Oui, la réquisition de gymnases perturbe les activités des écoles et des clubs sportifs, et ce désagrément
existe. Mais il ne peut pas peser face à l’urgence de protéger des personnes qui, sans cela, dormiraient à
la rue.
Cela ne signifie pas que cette situation est satisfaisante. L’hébergement en gymnase est une solution précaire, inadaptée, qui ne peut être que temporaire. Ce qu’il faut, ce sont des solutions mises en place par l’État qui soient dignes, pérennes, à la hauteur des besoins.
Mais dans l’urgence, refuser de réquisitionner les lieux disponibles revient à accepter que des femmes, des hommes et des enfants restent sans-abri.
Face aux menaces et aux appels à la haine, nous avons effectué des signalements auprès du procureur de la République et de la préfecture de police afin d’obtenir l’annulation de ce rassemblement dangereux. A ce stade, ces alertes sont restées sans réponse.
Dans ce contexte, nous appelons à un contre-rassemblement ce dimanche, devant le gymnase visé, en soutien à ses habitant•es.
Nous devons faire front et refuser les intimidations de l’ultradroite.
Montrons ensemble que la solidarité l’emportera toujours sur le racisme et la haine.
À dimanche.
Utopia56 Paris
Dimanche 19 avril à 15h devant le gymnase Fédération, 16 rue de la Fédération, Paris 15e
Notes
[1] Terme déshumanisant pour qualifier les HSA