Nous le savions. Hier soir, deux camps s’affrontaient : ceux qui ont compris en quoi les actes commis pendant la soirée étaient politiques, et les autres.



Ces autres, remplis de préjugés moraux, méprisants ou racistes, nous expliquent de manière bien paternaliste que ce qu’on faisait était contre-productif, que ça n’avait aucun sens, ou que ça justifiait toute la répression subie.
Ces autres, on les baise fort. Ils sont du même camp que ceux qui nous tabassaient, que ceux qui nous insultent à la télé ou ceux qui ont été pillés et cassés. Ils sont du côté des dominants, de ceux qui possèdent, organisent, contrôlent.

Ce soir-là aura révélé chez chacun d’entre nous de quel côté nous sommes. C’était un soulèvement dans les rues d’une capitale qui se rêve morte, propre, rentable. C’était l’irruption d’un peuple trop souvent nié, qui refuse de se taire, même dans la fête.
Prenons en note. On ne célèbre pas de la même manière selon le camp auquel on appartient.
Oui, nous étions a Bastille, à Répu, Place d’ltalie, au Trocadéro ou sur les Champs Elysées. Oui, nous avons participé à ces liesses populaires dans toute la capitale, fêtant la victoire du PSG entre feux d’artifice, govas brûlées, slogans, tambours, drapeaux et confrontations avec la police.
Et oui, tous ces actes étaient politiques. Ils ont brisé les lois bourgeoises qui pèsent sur le football et sur nous. Ils ont piétiné la vision aseptisée d’un sport réduit à ses sponsors, à ses loges VIP, à ses millions d’euros.

lls ont rendu le foot à celles et ceux qui vivent et vibrent pour lui, pas à ceux qui l’achètent. Et ils l’ont fait là où ça dérange, dans les beaux quartiers, contre ceux qui croient pouvoir continuer de fixer les limites de l’acceptable, de définir ce qu’est un “bon” supporter, un “bon” citoyen, un “bon” arabe. Ne venez pas nous dire que brûler une Porsche c’est gâcher le dur travail d’un étudiant en galère.
Vous ne nous aurez pas : c’est toujours les privilèges des puissants que vous défendez derrière la fausse compassion.
Ce qu’il y avait dans les rues hier, c’était aussi une autre colère, un autre cri. À côté des torches, des chants et des saccages, flottaient des drapeaux palestiniens, des keffiehs et des slogans pour Gaza.
Aucun hasard. Ceux qui étaient là savent que ce que subit la Palestine, ce que subissent les peuples qu’on écrase, qu’on méprise, qu’on bombarde ou qu’on efface.
C’était un soulèvement de ceux qui refusent d’oublier, qui savent faire le lien entre les bombes larguées là-bas et les coups de matraque ici. Du stade à la rue, un cri international, un cri de solidarité. Une fête de la victoire, oui - mais surtout une fête contre l’oubli, contre la résignation, contre ordre établi.

Si tant d’entre vous s’indignent contre ceux qui se sont levés hier soir, c’est parce que vous en avez peur. Parce que vous préférez les compromis, la respectabilité, les appels au calme et à l’ordre. Vous cherchez à faire partie des puissants, pendant que nous les défions. Votre indignation ne dit rien de nous. Elle ne fait que révéler ce que vous êtes : des alliés objectifs de ceux qui nous piétinent.

Pour un football à nous.
Pour un Paris à nous.
Et pour que la prochaine fois, on soit encore plus nombreux qu’hier soir.

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