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Le Libertaire n°25 (New-York), 17 août 1860
Le texte du mois / octobre 2025

La guerre servile

Examinons les faits et tirons-en les enseignements. Pour qu’une insurrection réussisse dans les Etats à esclaves, suffit-il de l’initiative de quelques chauds abolitionnistes libres et blancs ? Non. Il faut que l’initiative vienne des Noirs, des esclaves eux-mêmes. L’homme blanc est suspect à l’homme noir qui gémit dans l’ilotisme et sous le fouet des Blancs, ses maîtres. Dans les Etats soi-disant libres, l’homme de couleur est regardé comme un chien ; il ne lui est permis d’aller ni en voiture publique ni au théâtre ni ailleurs, si ce n’est pas un coin réservé : c’est un lépreux en lazaret. L’aristocratie blanche, l’abolitionniste du Nord le tient à distance et le refoule avec mépris. Il ne peut faire un pas sans rencontrer d’imbéciles, d’absurdes, de monstrueux préjugés qui lui barrent le passage. L’urne électorale, comme la voiture publique, comme le théâtre et le reste, lui est interdite. Il est privé de ses droits civiques, traité en tout et partout en paria. L’homme noir des Etats à esclaves sait cela. Il sait qu’il est matière et enjeu à toutes sortes d’intrigues ; que l’abolitionnisme, pour les maîtres du Nord, les exploiteurs de prolétaires et d’électeurs, les propriétaires d’esclaves blancs, cela veut dire bénéfices industriels et commerciaux, nominations aux emplois politiques, appointements d’Etat, piraterie et sinécures. Aussi se défie-t-il avec raison des Blancs ; de sorte que les bons, ceux qui lui sont sincèrement fraternels, pâtissent pour les mauvais. Et puis, cette liberté à laquelle on le convie généralement, quelle est-elle ? La liberté de mourir de faim… la liberté du prolétaire…

Joseph Déjacque (1859)

A propos de quelques bouquins...

Quel soulagement, enfin un livre qui n'insulte pas Maria Nikiforova en la traitant de Jeanne d'Arc de l'anarchie !
Maria Nikivatrofor
La première biographie complète d'Albert Libertad, qui restitue l’agitation menée contre les nationalistes antisémites, dans des manifestations anticléricales, les meetings de chômeurs, la grève insurrectionnelle de Draveil-Vigneux ou lors du carnaval de Paris.
Albert libertout
De manière générale, l'ouvrage glorifie les tendances violentes de l'anarchisme russe, pourtant condamnées par une grande partie des acteurs du mouvement libertaire de l'époque et considérées comme une impasse.
Mikhaïl Tsovma (historien russe dégoûté de la parution du livre "vive la révolution ! a bas la démocratie !")