L’état français se présente comme un État de droit, une puissance protectrice, un garant de la sécurité de ses citoyens. Mais derrière cette façade, il organise, finance et modernise une machine de guerre. Le 13 juillet 2023, Emmanuel Macron annonçait solennellement que la France devait « entrer dans une économie de guerre ». Ces mots n’étaient pas qu’une simple formule : ils traduisent une orientation politique massive, inscrite noir sur blanc dans la Loi de Programmation Militaire (LPM) votée peu après. Celle-ci engage le pays à consacrer 413 milliards d’euros d’ici 2030 à l’armée et à l’industrie de l’armement, une somme qui dépasse de très loin ce que la fRance a jamais dépensé pour sa machine militaire. En 2017, le budget annuel de la Défense était de 32 milliards d’euros ; en 2026, il atteindrait 57 milliards au moins. On nous répète qu’il n’y a « pas d’argent magique » pour les besoins essentiels de la population, mais lorsqu’il s’agit de chars Leclerc, d’avions Rafale, de frégates ou de missiles, la manne coule sans fin. Et déjà, le « plan Bayrou » proposait d’aller plus loin encore.
Parmi les postes les plus lourds de cette programmation se trouve la modernisation de l’arsenal nucléaire français. La « dissuasion » est le cœur du dispositif militaire de l’État, et c’est aussi le plus inquiétant. La LPM prévoit ainsi la construction d’une nouvelle génération de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins , le développement de missiles balistiques intercontinentaux M51.4, toujours plus puissants, toujours plus destructeurs, et la prolongation de la composante aérienne, avec des Rafales modernisés capables d’emporter le missile nucléaire ASMPA rénové, en attendant un futur vecteur hypersonique. Tout cela représente des dizaines de milliards engloutis dans une capacité de destruction massive qui, en quelques minutes, pourrait anéantir des millions de vies humaines. Voilà la réalité de la « défense nationale » : une république qui se prépare à commettre, si nécessaire, un crime contre l’humanité.
Certains voudraient nous faire croire que la solution résiderait dans une nationalisation de l’industrie de l’armement. Mais cette illusion ne résiste pas à l’examen. La quasi-totalité de l’appareil militaro-industriel français est déjà largement contrôlé par l’État. Nexter, qui fabrique les chars Leclerc et les canons Caesar, est à 100 % propriété publique via le groupe KNDS. Naval Group, constructeur des sous-marins et des frégates, est détenu à 62 % par l’État. Thales, qui équipe l’armée en radars, drones et systèmes de communication, a l’État comme actionnaire à hauteur de 25 %. Même Dassault Aviation, que l’on présente comme un champion privé, vit exclusivement grâce aux commandes publiques et aux contrats d’exportation validés directement par le gouvernement. En vérité, l’État est déjà le principal investisseur, actionnaire et client de ces industries. La nationalisation ne serait pas une rupture, mais un approfondissement du contrôle par un pouvoir qui fabrique et commande les armes en même temps. Comme le disait un vieux mot d’ordre révolutionnaire, on ne combat pas l’aliénation avec des moyens aliénés.
Cette logique militariste n’est pas neuve. Depuis des décennies, la fRance mène une guerre permanente. On appelle cela pudiquement « opérations extérieures » pour éviter de prononcer le mot guerre. Mais il s’agit bien de guerres, menées au Mali, au Niger, au Tchad, en Centrafrique, en Côte d’Ivoire, en Libye, en Syrie, en Irak, en Afghanistan et ailleurs. Ces interventions, souvent justifiées au nom de la « stabilité » ou de la « lutte contre le terrorisme », ne sont en réalité que des guerres impérialistes, menées pour protéger les intérêts économiques et géostratégiques de la France, de Total à Areva en passant par Bolloré. À cela s’ajoute la répression coloniale interne : en Kanaky, en Guyane, à Mayotte, en Guadeloupe ou en Martinique, les forces armées et la gendarmerie maintiennent l’ordre au service de Paris. La fRance n’est pas en paix : elle est en guerre permanente, à l’extérieur comme dans ses colonies intérieures.
Face à cette guerre sans fin, les gouvernants nous parlent de « guerres justes » et d’« interventions humanitaires ». Ce discours est une hypocrisie totale. Aucune guerre menée par un État n’est juste. Elles ne sont jamais des guerres de libération, mais des guerres de domination. Même certains discours se réclamant de l’anti-impérialisme tombent dans le piège en cherchant à soutenir le « camp opposé », qu’il s’agisse de la Russie, de la Chine ou de l’Iran. Mais ces régimes ne valent pas mieux que l’Occident : ils écrasent leurs propres peuples, envahissent leurs voisins, et perpétuent les mêmes logiques impérialistes. Il n’y a pas de bons camps, il n’y a que des puissances qui s’affrontent et des populations sacrifiées.
Pendant ce temps, la France alimente directement parmi les pires dictatures de la planète. L’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui bombardent le Yémen depuis 2015, causant plus de 375 000 morts, sont parmi ses principaux clients. L’Égypte d’Al-Sissi, où des dizaines de milliers d’opposants croupissent dans les prisons, achète Rafales, frégates et missiles français. Le Qatar, l’Inde de Modi figurent également parmi les acheteurs réguliers, tous impliqués dans des guerres régionales ou des répressions sanglantes. Chaque contrat signé est une complicité dans des massacres. Chaque ministre qui appose sa signature est co-responsable des crimes commis avec ces armes.
L’état ne défend pas la liberté mais vend des armes, finance la guerre, modernise son arsenal nucléaire et arme des régimes autoritaires.
Il n’y a pas de réforme possible de ce système. On ne « réoriente » pas l’industrie de la mort. Refusons leur logique, refusons le budget de guerre, dénonçons la technologie nucléaire comme un projet mortifère, sabotons le discours patriotique, refusons de choisir entre les impérialismes, et affirmons qu’aucune guerre n’est légitime.
Notre seule guerre est celle des exploités contre leurs exploiteurs.
Notre seule arme est la solidarité.
Notre seul horizon est la fin des armées, la destruction des frontières et l’organisation libre et égalitaire des peuples.
Pas un rond pour les marchands de canons !
Pas une bombe de plus pour leurs armées !
Pas une guerre de plus en notre nom !