LE CPR DE BARI PALESE* BRÛLE DEPUIS DES SEMAINES
(*Centre de rétention administrative situé dans les Pouilles, sud de l’Italie)
Ce texte est une traduction d’une chronique publiée sur la page telegram @materialepiroplastico et écrite par des camarades de Bari en lutte contre les taules et les CPR



Une semaine après les émeutes de début juillet, le CPR de Bari est à nouveau en feu, les retenu·es se sont révolté·es trois jours de suite. La colère s’est transformée en feu après les abus continus des flics, des opérateurs et du personnel de santé, complices directs de la violence de l’État qui décide qui et comment est utile au capital. Des gens qui décident délibérément de voter leur vie à cette machine de violence et d’emprisonnement, se vantant de leur racisme dans leurs profils facebook et utilisant le récit du soutien, de l’aide humanitaire et de l’accueil comme bouclier pour légitimer leur complicité.

[21 juillet]

Hier, nous avons reçu un appel du CPR de Bari Palese pour nous avertir que des feux avaient été allumés dans le module 7 en signe de protestation et que certains modules de l’établissement avaient pris feu. De l’intérieur, nous avons appris que plusieurs personnes s’étaient retrouvées à l’hôpital pour s’être auto-mutilées et avoir reçu des coups de la part de policiers. Ces mêmes policiers qui, avec les travailleurs, auraient refusé d’emmener à l’hôpital une personne dont les jambes et les bras étaient cassés. Aujourd’hui, on nous a dit qu’il ne pouvait même pas aller aux toilettes, mais que personne ne s’en souciait, et qu’un policier avait décidé de lui dire « T’as qu’aller en taule ».
Dans la vie de tous les jours comme dans les moments de révolte, la prévarication et le chantage sont les outils avec lesquels les flics, les opérateurs et les travailleurs de la santé exercent leur pouvoir.
De nombreuses personnes se sont coupées et personne n’a été secourux. Même M., l’ami qui nous a appelé·es, nous a dit qu’après trois ans sans se couper, il est revenu à la charge à cause du désespoir qui régnait.
Que cette nuit brûle longtemps !

[22 juillet]

La révolte continue ce soir. Ils nous ont appelés du module 7 alors que les premiers feux étaient allumés. Les modules 3 et 6 sont également en feu. Les opérateurs·trices sont tous·tes dehors et le centre est plein de camions. Les flics sont équipés de masques à gaz et de matraques, prêts à les frapper. Les retenu·es sont sur les toits pour ne pas respirer la fumée de l’incendie. Ils nous disent que ce sont les gardes qui l’ont allumé, peut-être pour se venger de l’émeute d’hier.

[23 juillet]

La révolte ne s’est jamais arrêtée. Ce matin, les ami·es nous ont dit qu’il n’y avait pas de feu allumé et que personne était sur le toit, mais que ça continuait à crier, à taper et à se battre ! Vers 17 heures, ils nous ont appelés du module 4 pour nous avertir que de nouveaux feux étaient allumés.

[Nuit du 23 juillet]

Les personnes solidaires sont passées sous le CPR pour saluer et soutenir les révolté·es. Le parloir sauvage a duré cinq heures au cours desquelles ils ont réussi à communiquer avec les retenu·es qui sont montés sur les toits en criant « Liberté ». À une heure du matin, M. nous a appelés pour nous dire qu’il avait été mis à l’isolement et que le colis qu’on lui avait laissé n’était jamais arrivé. Tous les autres colis qu’on lui avait laissés n’ont été livrés que lorsque les retenu·es ont commencé à se plaindre.
Lors de l’appel, M. nous a fait entendre le bruit de son lit, entièrement en fer, sans même un matelas pour dormir. Il nous a remerciés pour le soutien et pour les feux d’artifice, qu’il a pu voir du toit et qu’il n’avait pas vus depuis longtemps.
M. a 22 ans, après sept ans de prison il est sorti pour bonne conduite, il travaillait et avait une vie, il faisait des spectacles au théâtre, une activité qu’il avait commencée en prison. D’un jour à l’autre, il a été arrêté et emmené au CPR, sans même savoir pourquoi. Le même État qui avait accordé la liberté à M. a décidé de la lui retirer sans scrupules. Une liberté accordée uniquement parce que l’État avait décidé qu’il avait assez plié M. La « bonne conduite » est la marque de ceux·elles qui ont été « corrigé·es » par la prison. Une liberté qui a duré le temps de devenir à nouveau clandestin, de redevenir un problème à enfermer.
Deux jours plus tard, vers 17 heures, M. a réussi à s’échapper du CPR de Bari Palese ; il était en isolement. Nous ne savons pas s’il est toujours libre, mais nous l’espérons de tout cœur.

[24 juillet]

Aujourd’hui, la situation dans le CPR est plus calme. Les retenu·es sont fatigué·es et, de plus, des gens de l’ufficio immigrazione (préfecture) était au centre ce matin pour terroriser psychologiquement les émeutiers·ères.
A. un jeune Tunisien a été arrêté pour les émeutes d’hier. Nous n’avons malheureusement pas été en contact avec lui et nous ne savons pas qui est son avocat. Nous connaissons la différence de privilèges entre ceux qui luttent à l’intérieur du CPR et ceux qui luttent à l’extérieur. Nous considérons qu’il est fondamental de soutenir les retenu·es dans ces moments de révolte, car nous savons que la seule façon de fermer les prisons est la révolte, le feu et la force de résistance des retenu·es.
Il est important d’être sur place pour ne pas les laisser isolé·es dans ces moments où l’appareil répressif s’exprime violemment non seulement par des arrestations, mais aussi par le chantage constant au rapatriement ou à la prolongation de l’emprisonnement.

"Une fumée dense s’élèvent répand le cri de liberté
des frères emprisonnés
La flamme s’élève en franchissant
les hauts murs militaires
de la machine à enfermer de l’État.
Des ombres de géants au visage couvert
vont et viennent
à l’intérieur de la fumée blanche,
organisant la révolte
imaginant l’évasion"