Récit subjectif et partiel de la manif de Limoges le 17 octobre 2026.
Malgré une histoire ouvrière très forte émaillée d’insurrections et de résistance, depuis bien longtemps Limoges est devenue une ville où la mobilisation sociale était forte mais très peu offensive. Les défilés par milliers y sont courants, suivants toujours le même parcours. Depuis des années, des signes de changements sont perceptibles : manifs sauvages et bloacages des GJ ou du mouvement des retraites, émeutes en centre-ville suite au meurtre de Nahel, arrivée de la pride... A noter que les quartiers populaires vivent régulièrement des épisodes émeutiers en réponse aux violences policières.
Ce samedi 17 octobre marque un tournant dans l’histoire de Limoges. Non pas parce que la mairie a été incendiée, fait qui occupe tout l’espace médiatique, mais surtout parce qu’une mobilisation hors de tout cadre habituel a rassemblé au moins 8 000 personnes de tout horizon et des modes de mobilisation très différents ont pu se cotoyer. Le mouvement de jeunesse était clairement à la pointe de la journée. La convergence des luttes était incarnée.
Dès le matin c’est pas moins de 500 personnes qui se rassemblement en périphérie pour bloquer le rond-point de la Valoine. Tout est calme, festif. 1h30 de blocage après, avec la police a distance qui avait dévié toute la circulation, la décision est prise de partir en cortège rejoindre l’appel dans le centre.
La manifestation est longue mais grossit au fur et à mesure qu’elle arrive en ville. Lorsqu’elle rejoint le rendez-vous carrefour Tourny elle rassemble déjà peut-être quelques milliers de personnes. La joie de se retrouver aussi nombreux.ses et aussi divers est palpable. La manif s’élance donc rapidement avec une foule dense, un tracteur, un zbeulinette qui distribue des tartines à prix libres, des constructions de phoenix ou de tête de bélier sur des caddies et des pancartes toujours plus créatives les unes que les autres.
Le cortège arrive au carrefour Tourny, à quelques centaines de mètres de l’A20. Et alors que quelques groupes motivés commence à s’y avancer. Les flics gazent largement la manif. S’en suit une longue confrontation utilisant massivement le matériel du chantier attenant. Et contre toute attente c’est l’immense majorité de la manif qui reste et des centaines de personnes qui repoussent la police. La préfecture avait largement sous-estimé la mobilisation et la colère des personnes (qui aurait pu prédire ?). Les flics étaitent peu nombreux et tombent en rupture de lacrymos ! Une pluie de projectiles divers les force à fuir, une première voiture en feu. La voie pour envahir l’autoroute est libre, la foule y afflue tranquillement pendant que des affrontement continuent plus loin. Trois autres voitures de police y seront brûlées.
Le complotisme d’Etat qui voit les militant.es de gauche radicale derrière l’offensive du 17 octobre est juste une manière de mettre des oeillières sur la colère explosive qui embrase une partie de la population. Si la situation est insurrectionnelle à Limoges comme ailleurs c’est que c’est le seul horizon politique que les pouvoirs dessinent pour une grande partie de la population.
Une partie de la manif, remonte l’autoroute jusqu’à la sortie d’après et redescend vers le centre-ville. Une autre repart par là d’où elle était arrivée. L’appel à se retrouver à la mairie circule. L’afflux semble ininterrompu vers la mairie qui a été envahie et qui commence à partir en feu avec deux voitures de police pas loin. La réception de l’incendie de la mairie est contrastée : lieu de pouvoir qui exerce localement les mêmes politiques que Macron au national [1] l’incendie d’un batiment du début de la IIIe république acte la fin d’une époque tant appelée mais vertigineuse, une rupture. Comment qualifier ce à quoi nous assistitons ? Insurrection, révolte, révolution ? L’imaginaire de La Commune peut nous faire rêver d’une prise de la mairie. Pourtant en 1871, à Paris, c’est bien les révolutionnaires qui incendie l’hôtel de ville après l’avoir occupé brièvement. Peu importe nos considérations sur la légitimité, la pertinence ou non de l’acte : la mairie sera reconstruite, les vies brisées par le capitalisme ou la police n’auront pas le droit aux mêmes égards.
Malgré tout des groupes sont déjà repartis en direction de la préfecture. Des commerces (lacoste, orange, ...) sont dévalisés, quelques banques cassées pendant que les affrontements prennent de l’ampleur rue Jean Jaurès. Des renforts ont été rappelés, la préfecture sera mieux défendue. Les affrontements et les groupes éparses qui jouent les prolongations continueront tard dans la nuit.
La question sur beaucoup de lèvres reste : et maintenant ?
Notes
[1] baisse drastique des services publics au profit de la répression (caméras et police municipale), attaque contre le tissu associatif et le social, inégalités criantes dans les politiques de la ville selon les quartiers, ...