Le nouveau Tire-au-flanc est sorti pour la journée du 17 octobre, on y parle de l’actualité internationale, de l’extraordinaire mouvement lycéen qui embrase la France et de la religiosité ambiante. Des suppléments à ce numéro à venir...



Pour l’imprimer et le diffuser [1] : Tire au flanc n°8

Tire-au-flanc n8 A4

|NE RIEN DEMANDER, PRENDRE !|

Depuis quelques temps, les gémissements du gouvernement et de ses amis bourgeois se font entendre. Sentant souffler le vent de la révolte, ils entonnent tous le même refrain : « On n’est pas responsables ! ». Pas responsables de la « situation internationale ». Pas responsables des prix à la pompe. Pas responsables de la canicule historique qu’on vient de subir. Pas responsable, surtout, de la colère qui monte de partout et qui vient d’exploser dans les lycées. Peut-être qu’ils commencent à flipper, tous ces ministres, patrons de stations-service, proviseurs et politiciens... Les voilà qui appellent au dialogue démocratique tout en envoyant les flics tabasser les révoltés, ou qui tentent de récupérer la contestation pour la transformer en bulletins de vote. Mais personne n’est dupe. Ceux qui prétendent subir la situation sont précisément ceux qui sont responsables d’un système qui n’en finit pas de nous déposséder de tout.
Car si les lycées s’embrasent, la colère dépasse désormais largement les revendications matérielles immédiates. C’est une révolte plus profonde qui s’exprime. Et aujourd’hui, c’est la jeunesse des lycées prolos qui donne le cap d’un mouvement autonome au reste de la classe. Elle sait ce qui l’attend : que, dans ce monde, il n’y a pas de place au soleil pour tout le monde ; que les budgets militaires explosent car demain, il faudra fabriquer des drones à la chaîne, alimenter la machine de guerre et, peut-être, apprendre à les esquiver si l’affrontement mondial s’intensifie.
Que la guerre qui se prépare aujourd’hui, c’est toujours aux mêmes qu’on demande de la produire et d’en supporter le coût à travers les mesures d’austérité permanentes. Que le prix de l’essence ne permettra pas de se déplacer et tout juste de faire des cocktails ; que les étés caniculaires qui s’éternisent, alternés à des orages et à des crues diluviennes, ne sont que les prémisses du monde invivable qu’on va devoir se coltiner ; que les pénuries engendrées et l’inflation seront le prix à payer de cette instabilité climatique.
Car il n’y a pas de solution capitaliste aux ravages engendrés par le capitalisme. Les luttes nous montrent que nous n’auront que ce que nous saurons prendre.
Et cette colère ne s’arrête pas aux frontières. Petit tour de la lutte des classes : Au Chili, des milliers d’étudiants sont descendus dans la rue pour refuser l’austérité.
En Albanie, depuis mai, une lutte contre la corruption gouvernementale et la privatisation des services publics s’est transformée en confrontation ouverte avec le pouvoir.
À Tirana les affrontements ont pris des allures de guérilla urbaine : des institutions ont été prises pour cible, le ministère de l’Éducation et la mairie ont été incendiés, tandis que le ministère de la Justice et le Parlement ont échappé de peu aux flammes, dommage que les drapeaux ne subissent pas le même sort.

Depuis quelques semaines en France, des appels à se retrouver le 17 octobre circulent pour bloquer le pays et lutter ensemble (comme on a pu le faire pendant les Gilets Jaunes) suite à la hausse du gasoil, des denrées et au ras-le-bol général.
Le mouvement lycéen, malgré son isolement, tient bon.
Il continue de faire face à l’État avec audace, refusant de rentrer dans le rang malgré la répression et les tentatives de récupération. Déjà plusieurs axes routiers bloqués en Guadeloupe contre la vie chère... Reste à enclencher la dynamique, à briser l’isolement, à sortir de l’apathie, de la peur, de la résignation.



Notes :

[1] version pdf en A4 et A3 pliable disponibles