Pour tout une partie des lyonnais, c’est une rue minable, la honte de notre époque, la honte de notre ville. Elle est absurde, elle n’a pas lieu d’être. Et pourtant, elle est plus robuste que nous : une immense révolte urbaine ne parvient à l’éteindre que quelques jours. Immédiatement, les coupables sont insultés dans le monde entier, pourchassés, sanctionnés, emprisonnés. Les magasins vont réouvrir, les travailleurs seront à nouveau exploités, la publicité fera revenir les clients, l’état d’urgence permanent sécurisera le périmètre. Les CB seront à nouveau sorties, les baskets et les téléphones passeront les portiques dans un calme retrouvé, il n’y aura à nouveau qu’une partie de la population qui pourra se les payer. La publicité, le crédit à la consommation, l’obsolescence programmée et l’exploitation des travailleurs.euses reprendra son pillage, sa casse et son saccage, avec la bénédiction du maire, du préfet, et du président.
Les gens qui n’ont pas de thunes passent leur vie à s’entendre dire : ceci te rendrait heureux, ceci te rendrait beau, ceci te rendrait libre, mais voilà, tu n’y as pas droit. En travaillant à n’importe quelle condition, en économisant beaucoup, longtemps, tu auras droit à des échantillons, mais reste à ta place car cette vie là, tu ne l’auras jamais. Ce groupe de gens qui vit là et qui consomme dans ces boutiques sans regarder les prix, tu n’en feras jamais partie.
Pourquoi les commerces sont-ils répartis de manière si injuste dans nos villes ? Pourquoi l’hyper-centre ? Pourquoi la rue de la République existe-t-elle ? Cette tapageuse artère géante et ses boutiques ad nauseam, ce centre commercial à ciel ouvert, de quel droit occupe-t-il le centre de notre ville ?
Comment ensuite s’étonner qu’elle soit la cible de toutes les rancœurs et de toutes les convoitises ? Pourquoi n’avez-vous pas partagé avant ? Quelle est cette gauche qui ne comprends pas ça ? Qui tolère grand maximum la destruction d’un McDo de temps en temps ?
Si effectivement on veut « renverser le vieux monde », si vraiment on est « anti-capitalistes », il n’y a pas un seul scénario où la rue de la République à Lyon en sort indemne. La saccager, à la première occasion, c’est plutôt la moindre des choses.
L’insurrection, ça n’est pas beau à voir, ça n’est pas propre, ça n’est pas seulement de glorieux résistants qui triomphent sur les barricades. Elle ne tolère pas dans ses rangs quelques élus venant peaufiner leur image médiatique en portant ostensiblement une écharpe tricolore. La colère d’un peuple appauvri, humilié, épuisé, elle laisse des bris de verre derrière elle, elle n’est pas respectueuse du bourgeois du centre ville, elle ne prend pas le temps de réfléchir longuement à la portée politique de tout ce qu’elle fait.
Ça c’est un luxe que certains peuvent se permettre, mais qui n’existe pas dans la vraie vie.
Nous, les magasins de la rue de la République, on n’en a rien à foutre !
Un anarchistes lyonnais.