Entre panique morale et théorie du complot, le mythe entretenu par la gauche non violente, autoritaire et bourgeoise des flics-casseurs en manif’ se perpétue de générations de paciflics en générations de flics mentaux. Il ne repose globalement que sur des racontards et la méconnaissance, volontaire ou non, nous y reviendrons, de l’organisation de la répression en manif’.



Les révoltes lycéennes de la rentrée 2026 sont portées par une jeunesse exemplaire qui met l’Etat et ses adultes en difficulté. Iels sont un espoir et une bouffée d’air frais dans la morosité et la résignation de tous les adultes, qu’ils assument être réactionnaires ou se prétendent révolutionnaires. Les jeunes ont le courage et l’audace nécessaires à un changement réel dans le paradigme politique de l’hallucination collective appelée République Française. Ses mythes fondateurs sont tous basés sur des événements violents, des renversements de régimes par la force, des formes de résistance dont sont incapables l’ensemble de la classe des adultes, hormis pour préserver le régime bourgeois actuel. Rien d’étonnant venant des réactionnaires et leurs sbires conservateurs, bien sûr, c’est leur marque de fabrique revendiquée. Mais cette gauche détestable n’est pas différente, bien qu’elle ne l’assume pas.

Toute cette gauche partisane et syndicale, qui adore entretenir des différences insignifiantes par gros egos, ne supporte pas de voir la jeunesse lui échapper. Elle va tout faire pour la faire rentrer dans le rang, main dans la main avec le régime français et ses institutions contre-révolutionnaires allant de la police à l’école. L’occasion pour elle de ressortir sa théorie du complot préférée : tous.tes les manifestant.es violent.es dans la rue sont des flics infiltrés. Ridicule à bien des égards, voyons pourquoi ce mensonge collectif participe à rendre impuissant tout mouvement social depuis son apparition dans les années 70.

L’eau dans les cerveaux de la gauche autoritaire bout depuis des jours ! Comment des lycéen.nes ont pu faire trembler le régime macroniste agonisant si vite, là où toutes les vaines agitations militantes ont été accueillies par un « Vu et s’en tape » de Manu Macs pendant ses 2 mandats ? Quel point commun avec les révoltes pour Nahel, des indépendantistes kanaks et des Gilets Jaunes a bien pu faire pencher le rapport de force ? Sûrement pas la violence et la pleine acceptation des méthodes de défense radicales face à la violence étatique, si on en croit les militants nazes. Si la violence est insupportable, pourquoi cette gauche minable court-elle après ces révoltes ?

En effet, à les écouter, que ça soit les partis ou les syndicats, lycéen/étudiant ou non, un grand mal rôde autour des mobilisations des jeunes : des éléments extérieurs s’infiltreraient parmi les têtes blondes des lycées respectables pour petits-bourgeois et mettraient le bazar. Ces jeunes, innocent.es et dignes d’être écouté.es, se feraient voler leur mobilisation par de méchants casseurs. Pire : ce serait des flics déguisés là pour provoquer les flics en uniforme.

Prenons une par une chaque ineptie et stupidité sur laquelle cette panique morale repose.

- Notons déjà que la question se pose rarement pour les lycées de banlieue, c’est rempli de pauvres et de sauvages, dans le prisme colonial de la république qu’elle partage, la gauche s’en tape, à part pour gratter des voix et des cartes de membres.

- La logique selon laquelle la police aurait besoin d’une provocation des manifestant.es pour réprimer et rétablir l’ordre du régime ne tient pas. C’est d’autant plus faux depuis le durcissement de la doctrine de maintien de l’ordre en France à l’époque de Valls ministre de l’intérieur. Si la milice décide de réprimer ce qui lui déplait, elle n’a besoin d’aucune excuse pour le faire. Elle a toute l’administration, la justice et les médias pour couvrir ses exactions, la loi RIPOST ne fait que nous le rappeler.

- Les revendications ne seraient pas écoutées à cause des violences, si l’on s’inflige les élucubrations des grands stratèges de l’échec militant. Pourtant on attend toujours de voir les victoires des grèves perlées, des randonnées urbaines déclarées en préfecture et des piquets de grève pacifiés. Les centrales syndicales n’ont rien obtenu depuis les accords de Grenelle en 68. Pourquoi les écoute-t-on encore, ces machines à perdre et à se faire humilier ? Le CPE, la dernière reculade d’un gouvernement face à une mobilisation, était déjà la victoire des lycéen.nes et des étudiant.es qui menaçaient de déborder à tout moment.

- Comment font les complotistes de gauche pour se branler sur Mai 68 tout en dénonçant la moindre poubelle renversée ? Sont-ils au courant qu’une augmentation du SMIC de 35 % ne s’obtient pas en demandant poliment ? Pensent-ils que les barricades 68ardes ont été dressées par la police ?

- Disqualifier la violence des jeunes les infantilise et désarme la lutte. Après des années de mépris et d’ignorance, on leur refuse même le droit de protester et d’être en colère. Les accusations ridicules de manipulation par la FI et celles d’infiltrations par des casseurs-flics sont deux faces d’une même pièce. Il s’agit du même déni de l’autonomie et de l’agentivité de celleux considéré.es comme des enfants. Si vous êtes de droite, vous voudrez les faire entrer dans le rang par une violence paternaliste et policière. Si vous êtes de gauche, ce sera en polissant les discours et en triant entre bon.nes et mauvais.es élèves/manifestant.es.

- La gauche choisit de ne pas faire la différence entre les exactions de la BAC et la violence politique dans la rue. Elle feint de ne pas savoir différencier un baceux de 85kg qui s’habille n’importe comment et un jeune de 15 ans, 50kg et habillé.e correctement. Cet amalgame est le cœur du problème et ce qui rend insupportable cette panique morale.

Pourquoi entend-on les mêmes discours sur BFM et dans les mégaphones stickés sans que ça n’émeuve qui que ce soit à gauche ? Comment « Ouin, ouin, les poubelles brûlées par les méchants casseurs extérieurs » peut cohabiter avec « Vive la lutte armée du peuple palestinien » dans le pédiluve cérébral de la gauche ? Combien de temps va-t-on encore accorder le moindre crédit aux pseudos-révolutionnaires incapables de la moindre radicalité concrète ?

Il y a deux franges au sein de cette engeance complotiste. Des priviligiés découvrent le fonctionnement de la police en civil par procuration en interprétant n’importe comment le comportement attendu de la BAC. Par exemple, le député qui a besoin d’un « oui, oui, c’est bien, fous moi la paix » de la part d’un procureur pour accepter qu’un baceux lance une lacrymo dans la foule.

Bien plus grave que cette naïveté, il y a des cyniques que ça arrange de disqualifier d’autres méthodes de lutte que leur non violence idéologique. Cela les arrange bien de discréditer toutes les autres composantes de la lutte pour se poser en unique rempart face au fascisme.

- > Les hallucinations qui font de tout camarade plus vieux ou gros un infiltré potentiel peuvent se comprendre chez des inexpérimenté.es mais chez des habitué.es de la manif merguez, on note qu’il est très drôle que certains puissent voir des casseurs-flics où il n’y en pas mais être totalement aveugle à voir de plus discrets agents de renseignements. Alors que ceux-ci ont bien souvent en poche le numéro de leurs chefs d’organisation pour pouvoir négocier les parcours de manif et les déplaement des SO. Les flics en civil existent au-delà de la BAC, nous en sommes tous conscient.es, les flics de renseignements grouillent, mais on attend encore les preuves d’éventuels flics-casseurs.

Bisous à vos gymnastiques morales qui arrivent à la fois à accuser toustes celleux qui agitent plus fort que vous de casseur et de gauchiste, tout en considérant qu’il s’agit de flics infiltrés.

Quand les pompiers brûlent des palettes ou les agri déposent du lisier tout le monde applaudit. Mais quand trois poubelles sont posées à terre, toute la morale chute du haut du piédestal de la lutte. Les lycéen.nes seraient les seul.es exploité.es à ne pas avoir le droit de se faire une petite flamme pour se réchauffer à 6h.