Voici un tract distribué à Caen durant les manifestations de jeudi 15 octobre 2026 et samedi 17 octobre 2026.
Sommaire
En PDF tel que distribué :

L’autonome
Les révoltes qui bercent le quotidien depuis la fin septembre sont une véritable bouffée d’air frais. Que cela fait du bien ! Que le moral va mieux ! Quelle joie que de briser la routine et d’arracher du temps à cette société pour expérimenter des manières autres de se rapporter les un aux autres. Le chaos dans la rue résonne en un chaos dans la tête. Les idées tourbillonnent, naissent, meurent et tout semble devenir possible. Que tout cela ne s’arrête jamais ; c’est toute la vie qu’il faut réinventer.
En quelques jours les lycéen.ne.s ont réussi à pressuriser toute la société. Leur offensivité, leur insubordination, leur insolence, leur non-respect des formes classiques de manifestation, leur joie, a permis la fermeture de centaines de lycées, à bordéliser des routes et des villes, ils ont attaqué des comicos, réalisé des désarrestation, pillé des supermarchés…. Pour toutes les personnes qui luttent depuis longtemps, il y a des leçons à tirer.
Cependant, depuis mardi 6 octobre, les partis, les syndicats, des profs, des parents, les organisations gauchistes essaient de faire main basse sur la révolte. Les effets se sont immédiatement fait sentir : une très grande baisse d’intensité et un rabattement vers les formes réformistes de contestation (pas partout, pas tous le temps, ouf !). Essayons d’analyser ça. Il y a évidemment la dureté de la répression qui peut expliquer la baisse d’intensité mais c’est loin d’être une explication suffisante. Il y a aussi les habitudes de celleux qui ont vécu plusieurs mouvements et qui en répètent le déroulé sans en réinterroger le sens. Et puis, il y a ce qui ne peut pas être autrement.
L’arrivée dans un mouvement, quand ils ne sont pas là dès le début, des syndicats et des partis (dans le cas présent seul LFI s’y aventure, espérons qu’ils y prennent des coups) signifie immédiatement la tentative de sa récupération. Les syndicats se présentent comme des relais du mouvement auprès de l’État alors qu’ils sont des relais de l’État auprès du mouvement. Partis et syndicats sont des (co-)gestionnaires de la vie de tous les jours et de la vie au travail. La gueule de la première et l’existence de la seconde devrait suffire pour au moins se méfier d’eux.
La réponse à donner à tout cela c’est l’autonomie et le refus de la composition. L’autonomie c’est s’organiser sans structure par petits groupes & dans des assemblées ouvertes (c’est-à-dire des AGs dans lesquels il y a tout le monde à égalité, horizontalement, et non des AGs réunies par secteur style juste les étudiants, juste les profs, etc). Le refus de la composition c’est de devenir hostile aux syndicats et aux partis qui n’auront de cesse que de nous ramener dans le giron démocratique.
Rien de très original ici, l’autonomie a une longue histoire, inspirons-nous-en & critiquons là.
Délestons-nous de ces poids que sont partis et syndicats.
À Caen, la situation est assez explicite. Les manifestations de mardi 6 octobre et de jeudi 8 étaient sous haute protection pacification syndicale et de parents d’élèves. Cela est si explicite que les keufs n’ont même pas pris la peine de se déplacer.
Jeudi 8 la manif est partie à 10H du campus 1 alors que deux rues plus haut ça gazait encore devant et autour du lycée Victor Hugo. Une personne a essayé d’utiliser les mégaphones syndicaux pour inviter à rejoindre ce lycée. Sans résultat puisque les syndicats ont refusé. Solidaires ? Oui oui, de loin, peut-être. En fait, uniquement si c’est calme et sous leur contrôle ou mieux sous leur drapeau. Les syndicats ne seront solidaires que des protestations à propos desquels ils peuvent se poser comme intermédiaire avec l’État. Si ce n’est pas le cas, ils essaieront de casser le mouvement ; en posant une manif à 10H par exemple. Si celle de mardi 13 a changé d’heure c’est parce qu’il a fallu lutter contre eux à l’AG de jeudi 8 (ce n’est pas une victoire mais un léger gain d’autonomie, continuons).
Cependant, à Caen comme ailleurs, les syndicats ne sont pas les seuls larbins de l’État. Certains parents d’élèves et certains profs, parfois en toute autonomie, viennent se positionner en cordon de sécurité lors des manifestations. À Caen, ils portent une pancarte « Attention École » épinglée dans le dos. Quel mépris ! Quelle insulte pour tous les lycéen.ne.s ! Il faut les prévenir qu’à jouer les flics bénévoles ils finiront par se faire rosser de la même manière. Bref. Voilà la triplette encadrante : les syndicats, des profs et des parents (bien sûr les flics aussi mais c’est entendu). Sans grande surprise on trouve là ceux qui réalisent déjà au quotidien le travail de domestication des jeunes (avec l’aide de la police quand les choses leur échappent évidemment). Ils ne sont pas solidaires de ce qu’il se passe, ils continuent uniquement leur travail de domestication par d’autres moyens.
Un autre encadrement est le couple manifestation déclarée et son parcours. Depuis le début du mouvement, les lycéen.ne.s pratiquent la grève du lycée avec le piquet de grève incendiaire et parfois, joyeusement, tout cela devient pillage et carbonisation du bahut en entier. Dans tout ça où voyez-vous donc une manif déclarée ? Le simple fait d’en appeler à une est un moyen de vider les foyers de contestation, de critique en acte, d’attaques. Et comme si cela ne suffisait pas, il fallait en plus que le parcours soit Campus 1 => Rectorat. Un parcours qui n’engendre aucun blocage, aucune gêne pour l’ensemble de la ville. L’arrivée devant le rectorat vient rabattre les révoltes dans les ornières de la démocratie représentative et sceller la main mise des syndicats sur ce qui se passe.
Nous devons échapper à tout cela.
Pour autant si manifs sauvages il y avait, même émaillées de destruction, cela ne signifierait pas pour autant la sortie complète de l’encadrement. Se défaire des flics bénévoles que sont syndicats et partis ne suffira pas si l’action elle-même ne sort pas d’une logique représentative, réformiste. Il y avait de la lutte armée réformiste, il peut y avoir de la casse qui le soit aussi. C’est en abandonnant toute idée de revendication que sortir d’une logique réformiste devient possible. En s’attaquant aux intérêts du capital et de l’État directement, par exemple en allant bloquer le périph, la gare, etc.
Ne rien réclamer ; prendre.
Ne demander aucune abolition ; détruire.
Ne pas lutter pour défendre des miettes ; attaquer.
La situation est favorable. La mise sur le marché de barils stratégiques par l’État français est un signe de sa faiblesse. Les flammes commencent à peine que notre pied serait déjà sur sa nuque ? Si c’est le cas alors il ne reste qu’à la briser ! Il semblerait que l’État français ne soit pas le seul qui se chie dessus.
En Espagne des élections anticipées ont été organisées sous la pression du mouvement en cours actuellement. Camarades espagnoles, ne vous arrêtez jamais. Au diable les élections ! Nous voulons tout. Lo queremos todo !
En Italie, à Turin et à Rome, des occupations de facs ont lieu. Et des appels à la grève circulent. Camarades italien.ne.s, rejoignez la danse. On s’amuse bien ! Compagnx italianx, univeti al ballo. Ci divertiamo un sacco !
En Allemagne, un mouvement contre l’extrême droite et contre la militarisation du pays court depuis un moment. Camarades allemand.e.s, la gauche du capital aussi il faut lui faire la peau. Ensemble attaquons tous ceux qui veulent nous diriger ! Deutsche genossen, auch die linke des kapitals muss beseitigt werden. Lasst uns gemeinsam all jene angreifen, die uns beherrschen wollen !
En Belgique ? Du feu ! Du feu ! Du feu !
Et partout ailleurs la révolte gronde, par exemple samedi 10 octobre à Delhi, en Inde, où le gouvernement a dû couper internet et menaçait de couper l’électricité, car il n’arrivait pas à gérer la révolte.
L’internationalisme est une pratique.
Ensemble, faisons sauter toutes les frontières, tous les lycées, toutes les prisons, tous les taffs, tous les États !