Du jamais vu à Bordeaux, toute la ville qui s'émeute comme jamais. La journée du 17 octobre restera dans les mémoires. À moins que nous fassions encore mieux très vite ?

Tôt le matin, quelques personnes d'humeur taquine commence à bloquer des axes dans le nord de Bordeaux, jusqu'à désarmer le pont Chaban pendant 3h. Puis c'est quelques centaines de personnes sur toute la place de la Victoire qui commencent à se rassembler dès midi. Des jeunes (Bravo les jeunes) impatient.es du zbeul qui vient commencent à allumer les poubelles des arrêts de tram. C'est finalement des milliers de manifestant.es qui rejoignent les quais et la Bourse, une bonne partie déjà bien équipée. Des jeunes (Bravo les jeunes), des syndiqué.es, des gauchistes en goguette, des vieux gilets jaunes, c'est hétéroclite et c'est un soulagement. Ce cortège est sublime. Celleux qui ont la bonne idée d'observer cette belle parade et qui voient la foule grossir place de la bourse comprennent : journée historique en vue, l'espoir est là. Le reste de la journée confirmera cette intuition.

Premiers gazs sur toute la place avant même l'heure du rassemblement, sans doute pour souhaiter la bienvenue. Riposte immédiate et exemplaire des camarades, une barricade prend forme et feu rue St Rémi, ça tient tête en direction de Quiconces. La déter' restera la même toute la journée. Une leçon de dignité pour toustes.

Pendant une heure, les camarades forcent les keufs à rester loin de la place, ils ne peuvent que balancer leurs merdes. Les lacrymos font parfois reculer les opposant.es mais une fois dissipés, iels chargent de plus belle pour contre-attaquer. Pendant ce temps, aucune vitre de la CCI n'est épargnée, une petite visite s'improvise à l'intérieur. Même pendant les actes les plus énervés des GJ, elle avait toujours été épargnée. Premières vengeances symboliques. On précise bien que malgré les mensonges de la police les vitres de CCI n'ont été attaquées qu'après les gazs tirés, pas avant. Et quand bien même, personne ne va pleurer sur le furoncle obscène que représente cette place et ces bâtiments sans âme.

Après une heure d'affrontements sur la place, le reste des manifestant.es sont bien engagé.es sur les quais et le cours Victor Hugo. Impossible de tenir une chronologie, même aproximative, des événements à partir de là. La rupture s'opère sur ce cours et sur les quais. Alors que la tête du cortège arrive place Pey Berland, le cours est toujours plein et des héro.ïnes du peuple mettent en déroute le canon à eau et son escorte. Ils fuient difficilement en prenant ce que méritent tous ces bâtards.

Le gros du cortège est tranquille, ça ACABise joyeusement, des fanfares fanfarent, des propagandistes propagandent leurs éternels tracts. Mais lorsque quelques coups de marteaux-brise vitre raisonnent, des paciflics ont l'idée étrange de chouiner et compatir pour la famille des vitrines publicitaires. Ils ont dû pleurer toute la journée.

Arrivé.es vers la mairie, la première ligne tient bon, les mortiers qui font changer la peur de camp. Les gazs lacrymos deviennent inutiles pour repousser la foule qui est bien contente que la police leur offre des projectiles. Seul le canon à eau et ses chiens de garde parviennent à dissuader un nouvel incendie spontanée de la porte de la mairie. Ce sera leur seule victoire ce jour. Quelques effronté.es assaillent cette rangée de connards avec ce qui leur passe sous la main et des feux d'artifice. Les uniformisés ripostent avec leurs grenades explosives et leurs LBD, blessant gravement plusieurs personnes. Mais ça n'empêche pas les camarades de tenir et riposter très longtemps et vaillamment.

Beaucoup choississent de ne pas répéter l'erreur principale des GJ : s'obstiner à accepter la confrontation ici uniquement. Les gendarmes mobiles séparent également la queue du cortège en plusieurs morceaux. C'est de là que le maintien de l'ordre sera totalement mis en échec le reste de la journée. Une multitude de cortèges et de bandes commencent à se disperser dans toute la ville. Les vitrines des magasins préfectoraux et les salons des administrations de luxe sont saccagés dans le même élan. De partout accourent les jeunes (Bravo les jeunes) et moins jeunes (Bravo les moins jeunes), poches pleines, distribuant le butin même aux simples passant qui en profitent. Les gens normaux applaudissent aux fenêtres et se marrent. Les forcenés de la bourgeoisie filment et collaborent avec la préfecture. Pour eux, l'économie passe avant la vie du peuple, nous nous passerons bientôt d'eux.

Les flics, les vitrines et le mobilier urbain dégringolent. La bamboche débute enfin. La police met toutes ses forces pour sauver la maison de la préfète mais une incursion express a eu le temps de bordéliser ce bâtiment digne de la monarchie. Une ambiance de fête de la musique et de brocante s'installe définitivement. À chaque coin de rue, un gilet jaune attire l'oeil, des passant.es plus ou moins masqué.es se baladent, tout le centre est une manif' sans qu'un cortège principal sorte du lot. Les flics ne savent plus où donner de la tête, victoire totale des révolté.es. C'est la plus belle démonstration d'intelligence collective et de colère anticapitaliste qu'on n'ait jamais vu à Bordeaux. Aucune bavure côté manifestant.es.

Pendant que Louis Vuitton reçoit une réquisition populaire, une autre s'improvise au Décath' et durera plusieurs heures pour finir en feu de joie. Le Starbucks a déménagé il y a maintenant plus d'une heure sur décision populaire ferme et irrévocable. Le sol de la place St Projet colle après sa 1re auto-réduction, deux autres suivront plus tard. La très grande majorité des commerces de la rue Ste Cath' sont fermés pour le reste de la journée. La décroissance en actes.

La Victoire et la rue St Cath' ne seront pas reprises avant 22h, et encore, pas sans balancer tout ce qu'ils peuvent pour faire fuir les irréductibles émeutier.ères. Les forces du régime restent dépassées, même dans la nuit : à minuit des retardaires ouvrent de nouvelles vitrines sous leurs yeux, les keufs continuent leur sale chasse mais sont presque bredouilles en comparaison à l'immensité des dégâts contre le capital et des décisions de justice populaire pour une redistribution des richesses équitable. Que ce soit clair, la police n'a repoussé personne, les gens sont simplement rentrés chez eux une fois les poches trop lourdes pour pouvoir marcher. Les commerçants en veulent plus aux poulets et à la préfète qu'aux casseur.euses. Il fallait que le RAID protège les dorures soit disant républicaines, le reste de la ville pouvait brûler.

Au petit matin dans Bordeaux, le joyeux chaos de la veille est sur toutes les lèvres. Victoire de la communication émeutière, les médias aux ordres chouinent face à notre puissance collective. On aurait eu droit à 2 lignes dans Sud Ouest si rien n'avait brûlé. Même les plus réactionnaires s'accordent à dire que tout cela est dû à la police qui, en voulant réprimer sans distinction, a fait advenir les conditions optimales de l'insurrection. Hier soir les commerçants qui sont restés devant leurs commerces l'indiquent eux-mêmes en invitant plutôt les victorieu.ses casseur.euses à s'attaquer au commissariat ou à l'hôtel de ville. Tous ceux qui ont eu confiance en l'État pour défendre leur propriété ont constaté la faillite totale d'une élite apeurée. Elle qui n'a de souci que pour elle-même et ses précieux flics. Hier la France a vacillé, la prochaine fois sera la bonne, nous attendrons le temps qu'il faudra pour assister au bouquet final.

Parmi cette bourgeoisie en panique, ceux qui se prétendaient encore centristes appellent à interdire les manifestations et déclament des listes de mesures fascistes par pur seum et envie de se venger. Ne les écoutons pas, nous ne parlons pas aux sbires. Il va falloir faire fuir tout le personnel étatique pour stopper la classe bourgeoise dans son égotrip autodestructeur. Nous ne voulons pas de leurs miettes, nous allons mettre fin à leur règne. Nous n'avons pas peur de ce que ça impliquera.

Notons tous les influenceurs de la lutte, tous les petits politicards révoltés par la révolte, tous les contre-révolutionnaires prêts à se désister et rentrer dans le rang alors ce n'est que le début. Ils ne méritent que notre mépris, ce ne sont pas des camarades. La Révolution se fera sans ces tocards. Leurs analyses n'ont aucune prise avec la réalité, alors commencent les complots stupides. Nunez la cuve à pisse de l'Intérieur laisserait faire pour mieux réprimer, comme si la police avait montré une forme de retenue depuis un mois face à des mineur.es (Bravo les jeunes). Les méchants casseur.euses seraient en fait que des flics infiltrés ou n'auraient aucune revendication. Quelle insulte pour les camarades qui montrent comment mater le pouvoir macroniste bien plus efficacement que toutes les formes de lutte de la gauche depuis 50 ans. Dernière fois que nous verrons ces machines à perdre dans la rue, ils se soumettent à l'État, ses flics, ses fachos et ses patrons.

Demain, tout commence. Un mort à Paris hier à venger. Plusieurs blessé.es sont recensé.es ici, plus d'une centaine de prisonnier.ères politiques à déplorer, rien qu'à Bordeaux. Force à elleux. Les lourdes peines vont commencer à tomber mais à chaque décision de « justice », la colère du peuple ne sera que plus grande. À chaque mouvement, tout revient plus fort, hier en est la preuve. Il faut pousser, poursuivre et intensifier encore tant que le régime tremble et qu'il est submergé par les dingueries en cascade. Macron a bafouillé dans le vide ce soir, pas de petite phrase méprisante, pas de bon mot pour faire rire sa classe. Son projet est un échec et il le sait.

Demain, ce sera la chute du régime. Le pouvoir a horreur du vide, achevons la bête immonde. Gloire aux pillages, gloire aux saccages, gloire aux sabotages !