Récit subjectif et à chaud du 17 octobre à Besançon
désolé j'ai pas pris de photo du coup c'est un peu triste comme article, si vous en avez hésitez pas à en envoyer !
Ça a commencé plutôt tranquille, mais dès le début le nombre de personnes présentes paraît gigantesque. La place de la révolution est noire de monde et de k-way.
On marche, sans trop savoir où on va et en grignottant un truc. Bonne ambiance, pleins de personnes différentes, beaucoup de jeunes. ça nous change des cortèges de gauchistes soc-dem et syndicalistes tout mous. mais c'est quand même trop mou. des jeunes tout en noir et masqués se font chier et s'amusent à lancer des marrons sur les autres manifestant⋅es pour passer le temps. À les entendre ils préféreraient quand même balancer des caillous sur les flics.
Ça commence à tirer des mortiers d'artifice et quelques pétards dans le tunnel routier sous la citadelle. Je flippe un peu de me retrouver bloqué dedans donc j'attend à l'extérieur avec mes ami⋅es. pendant longtemps. et l'incompréhension monte : le flot de gens qui sortent de la rue d'en face et qui rentre dans le tunnel ne s'arrête jamais. On se demande même si les manifestant⋅es n'ont pas fait une boucle dans la ville et sont revenus se fourrer dans le tunnel, en créant une manif circulaire sans début ni fin.
Quelques dizaines de personnes montent sur les talus et les fortifications qui entourent l'entrée du tunnel, comme si la manif ne pouvait s'empécher de déborder de partout.
au bout d'un moment on se dit bien que ceux de devant sont déjà ressortis de l'autre côté et qu'on peut y aller tranquille (ah bah ouai ils devaient déjà être ressorti depuis 20 minutes on est con⋅nes). pas de flics en vu à part une moto qui fait la circulation à l'entrée du rond point côté tarragnoz.
Le tunnel de la citadelle agi comme une sorte d'accélérateur de zbeul, comme le LHC de genève ou un boost pad de mario kart. Les chants et les cris résonnent et galvanisent, les murs du tunnel sont décorés de tags et d'affiches.
Quelque centaines de mètres après la sortie du tunnel, une première poubelle en flamme. On a envie de rejoindre la tête de la manif, alors on serpente à travers la foule pour avancer plus vite. mais on y arrive paaaas ! il y a tellement de monde, le début de la manif est complètement introuvable, et puis ça avance vite en plus (bah quand il y a pas les syndicats pour bloquer le cortège tous les 100m ça change) . et la queue est looooin derrière nous. moi j'avais jamais vu ça à besançon.
On arrive rue de la préfecture. Au tour de manège précédent on avait bifurqué rue megevand, mais cette fois-ci ça fonce droit sur la pref'. Il paraît même que ça a tenté de mettre le feu à la grande porte en bois, mais ça j'ai pas vu. quand on arrive c'est déjà le bordel : des centaines de personnes, dont une grande partie habillée en noir, se masse dans la rue et avance et recul au rythme des palets de lacrymos qui tombent sur ceux de devant. On est tout serré, j'arrive même pas à voir plus loin si ça barricade ou pas.
Des milliers de personnes continuent à arriver par derrière. Certaines restent là et regardent de loin, d'autres rejoignent la bataille rue de la pref, d'autres encore vont vers la mairie je crois.
Avec mes ami⋅es on profite justement d'un mouvement un peu plus massif pour aller vers la mairie, qui est vite contournée pour qu'on se retrouve place saint jacques / chamars / rue charles nodier. Là encore, c'est noir de monde. J'ai l'impression que tout une partie de la manif (la plus tranquille ?) continue d'avancer vers le pont canot pour aller je ne sais où (la tête est peut-être même déjà à la place leclerc qui sait).
un bout du cortège, bien jeune, vénèr et équipé, reste là et commence à s'engouffrer dans la rue charles nodier en direction de la pref'. début du délire. L'entiéreté du parking devant les anciens locaux d'hophophop est un chantier rempli de cadeaux : barrières de métal, poubelles, plaques et poteaux en bois, gros tuyaux en plastique etc. Le BTP reste et restera toujours le meilleur allié de l'insurrection. la réquisition s'organise, et une gigantesque barricade, qui se pare rapidement d'un beau manteau de flammes, se construit au niveau de la MSHE (va voter pour elle sur https://contre-attaque.net/2026/10/18/art-de-rue-choisis-ta-barricade-preferee/, approche chaotique rpz)
Et les feuilles des palmiers ridicules mis en place par notre cher maire brûlent bien, carburant négligeable par rapport au plastique des containers, mais hautement symbolique.
comme rue de la pref' ça fait des vagues : on recule, on avance avec le gaz qui nous pique les yeux. mais là on est beaucoup plus libre de nos mouvements : on a tout chamars, tout le parking, toute la cours du site de l'arsenal pour se replier. C'est joyeux, c'est mouvant et c'est giga enervé. plein de monde qui grimpe sur l'espèce de petit bâtiment pas loin de l'arrêt de bus, et au bout d'un moment c'est aussi une petite dizaine de personnes qui poppent sur le toit de la MSHE, montées on sait pas trop comment.
au bout d'un loooooong moment, les rangs du reste des manifestant⋅es qui restaient à l'arrière commencent à se clairsemer. et bien qu'iels n'étaient peut-être pas au courant, c'était eux, cette masse statique, qui défendait (passivement) les arrières des plus actifs d'entre nous qui faisaient des dingueries autour de la barricade. Les flics en profitent pour avancer, gazer plus en avant, et ils arrivent aussi depuis le boulevard charles de gaulles pour prendre en tenaille.
Un tir de lacrymo un peu plus ambitieux que les autres séparent les manifestant⋅es en deux groupes : l'un repart vers la mairie, l'autre vers le pont canot. Avec les potes on repart vers la mairie, et au croisement de la rue mégevand on trouve un autre groupe qui vient directement de la rue de la pref', poussé aussi par des lacrymos. Mais il y avait encore du monde rue de la pref ??!! bah oui iels disent, ça n'a jamais arrêté là-bas non plus, les barricades, les affrontements et les lacrymos. En fait on les avaient encerclés les condés... tu m'étonne qu'ils avaient du mal, avec les deux fronts à gérer en même temps.
Les nuages de gaz se rapprochent, à la fois par la rue megevand et par la rue "de l'orme de chamars" (sérieux elle s'appelle comme ça cette rue je savais pas). De nouvelles barricades se montent avec les barrières métalliques du chantier de l'esplanade des droits de l'homme, mais on est vite bombardé de grenades et on se replie vers la place pasteur.
qui est aussi remplie de manifestant⋅es, dont un nombre énorme est masqué et habillé en noir. Où qu'on aille, on a l'impression d'être dans un cortège. La manifestation est en fait devenue une gigantesque pieuvre qui enserre tout le centre ville, c'est comme si on pouvait pas s'en échapper. c'est un autre espace-temps : on ne sait plus quelle heure il est (presque personne n'a son phone sur lui dans mon petit groupe), et l'espace urbain bisontin s'est remplie d'une émeute tentaculaire qui s'étend dans toutes les directions.
Une petite pause cookies plus tard, retour sur la place de la révolution encore bien remplie. il semblerait qu'un cortège soit allé vers l'avenue denfert, mais il revient quand on arrive à révolution. une bonne quantité d'autres manifestant⋅es présent⋅es dans la grande rue se font repoussé par les keufs vers le pont battant, et rejoignent aussi place de la révo. et ça recommence ! mortier d'artifices, barricades, cailloux et riposte à la grenade lacrymo au début de la rue des granges. Il est prêt de 19h, le nombre de manifestant⋅es a bien diminué mais l'ambiance est encore à la joyeuse bagarre.
Mais on est quand même bien trop peux pour continuer à faire face à la police, qui commence à bien se regrouper et qui prend la confiance dans la nuit tombante. On est graduellement repoussé sur le pont battant, où des poubelles enflammées reviennent et les énormes pots de fleurs débiles de la mairie tombent comme lors d'une tempête. Pendant ce temps là, au début de la rue battant, un magasin de surplus militaire et de fashion faschiste se fait péter sa vitrine et allégrement piller.
S'ensuit des grenades de gaz de plus en plus régulière, une charge de la flicaille sur le pont battant, et un repli de la quelque centaine d'émeutièr⋅es qui restent au fond de la rue de la madeleine. un énorme feu fait rage derrière les bagnoles de flic sur le pont battant, sûrement un bel empilage de poubelles laissés là par les dernièr⋅es parties.
Je quitte les lieux en croisant quelques groupes épars qui continuent de brûler des poubelles municipales sur leurs routes, pour ralentir les flics épuisés qui les talonnent...
C'est la fin de ma journée, je suis crevé et un peu déboussolé : je suis partagé entre le sentiment bizarre de pas savoir ce qu'il va se passer dans les prochaines semaines, et la certitude que ce qu'il vient de se passer là est un moment qui fonde déjà un nouveau monde...
Je laisse d'autres personnes raconter d'autres points de vues : et oui ! je n'ai pas vu les banques détruites, le magasin lacoste pillé et les dizaines d'autres joyeusetés de cette journée froide et pluvieuse pourtant plus chaude que la canicule.