Quelques mots sur les événements en cours.

Les policiers ont les membres dispersés. Le grand démon rouge. Rouge foncé, presque noir je crois. Je vois le diable, le diable ? Le diable s'avancer. Il parle et j'entend, tout le monde écoute. Non, tout le monde est mort je crois. Je le vois ou je l'ai vu, hurlant à mort la foule agonisante, la houle affreuse teintée d'écarlate. Éclata le front, les dents, ôta les mains, les doigts de certains. Mais qui peut bien être vilain ? Sûrement pas le président, Ô grand manitou, prophète moderne, d'une prestance divine, biblique même. Trois fois biblique mais pas que, le pape ouvre la voie, les voies de Paris, le périph en clair. Le maire en chair et en terre s'offre le spectacle, va savoir pourquoi. Il est présent. Une semaine est passée. Il est toujours présent, aux côtés des affamés, des vieux dératés, enfin des jeunes entassés, étouffés surtout. Sûrement pas par héroïsme mais par pur bon sens. Ce n'est pas James Bond ou Tom Cruise, c'est le réel. La seule violence véritable mais pourtant la seule qui n'est pas méritante. Elle est cachée par Média, autre dieu des conneries et des cachotteries. Boulevard de Sévigné ils préfèrent l'autre violence, celle qui n'est pas assumée, l'acceptable aristocratique oblige. Mais tout cela est on ne peut plus normal, un vieil ami va chasser ce week-end. Pendant que les animaux gazent les enfants.

Révolution, 14h24.
Pause clope dans la Révolution. On se fait gazer. On s'abrite dans un coin de rue. Je suis avec Askia. Plus de réseau. Presque plus de batterie. On fume. J'ai fini le seul joint que j'avais pris le temps de pré rouler. Les gens courent vers nous. Un nuage blanc gris les suit. Ça siffle, ça crie. ACAB. J'entends. “On a plus le droit de manifester tranquille.” Tout ça est légal. On bouge.
Toujours au chapitre 17. Deuxième acte, Askia et moi on rejoint le cortège cour Alsace Lorraine. On est allé crapahuter dans les petites rues, gaz et pleures, visages graves et peur, lourdeur de l'air gras et gris, pourtant atteint d'une éclaircie. Chanteureuses et danseureuses sont vivants.es, changeant.es, ielles animent les trottoirs et les pavés. Les drapeaux flottent avant d'être coulés par les kondés. L'ambiance est étrangement calme, les regards s'égarent et les bras balent, la curiosité, sorte d'euphorie de l'anticipation, ennemi du bon sens et de la peur, reste éveillée dans les cœurs à chaud des fêtard.es.
La ville transpire les manifestants.es, présent.es partout, pourtant parti.es mais toujours revenu.es. Sans relâche aucune, tous les cris sont permis. Les coups bas pleuvent du côté des poulets, on veut juste plus de pigeons nous. Banderoles volent, traînent, tombent des fenêtres, les mots suivent à la traîne, parfois penchés mais toujours justes.
Troisième acte de la pièce, violence. C'etait le premier acte des keufs la violence. Beaucoup de gens regroupés devant l'hôtel de ville, et sur toute la place devant la cathédrale. Des rangées de policiers. Enfin de camions, fourgons, blindés de tout type alignés devant l'hôtel de ville, qui agite fièrement sa collection de drapeau. Du rouge et du blanc mais pas de vert. Du bleu. Des étoiles jaunes, des bandes blanches, bref des mensonges de couleurs variés.
Regroupement d'adelphes en tout genre, musique, colère et joie, mouvements unis d'une foule de fous, d'heureux fous qui crient ensemble, infatigables, irréductibles. En face ca n'attend pas, ca gaze, grenade, matraque, charge. On recule. Puis on crit. “En avant. Revenez. Allez.” Et on gagne le terrain perdu 5 minutes plus tôt. Encore du gaz, encore des explosions. Plus de cris que jamais, autour de moi Les gens pleurent, les jeunes courent, les vieux tombent, et les fachos rigolent. Riez, tant que vous respirez, vous pleurerez bientot dans votre sang. Les explosions résonnent par dizaine, desencerclement, lacrymo, et feux d'artifices se croisent, pètent et chutent. Les adelphes hésitent puis accourent, quelques chose a changé, est tombé je crois, un élan commun, un seul cri je vois, et ensemble nous avançames. Vers l'hôtel de ville. On avance pour de bon. Les pas sont rapides et les souffles cours. Une foule excitée, ou le plus proche stade d'une révolution dont je me suis jamais approché pour le moment. Mais le meilleur reste encore à venir…
Acte 4. Je me souviens mal. Les yeux qui se brouillent pendant 20 longues minutes pendant que l'irrationnel me répète que je vais devenir aveugle vu que j'ai deja des yeux de merdes. Je retrouve mes sens et mon esprit, je me lève, ramasse une pancarte, je filme. Différents groupes se font charger par les flics, pas de soucis ils n'ont aucune instruction a précisé la cuve à pisse.
Je remonte rue Sainte Catherine vers Victoire. Les vitrines cassées et les magasins de luxe pillés, ou la ruse d'une jeunesse qui reprend le capital la où on lui arrache.
Œil pour œil j'ai lu aujourd'hui, et si c'etait vraiment le cas ils seraient bien plus mal en point a l'heure qu'il est. Enfin, je me balade a travers les doux décombres d'une journée enflammée de la République. La jeunesse a parlé et le reste a suivit. La plupart ont écoutés. Certains n'ont meme pas entendu. Les principaux concernés n'ont rien compris en tout cas, à bas l'état c'est la morale, la veritable morale de toute cette histoire de revolution.
Cinquième acte, Victoire. La place est remplie, toutes les cours sont envahies, Argonne, Marne, la rue sainte Catherine entière est conquise. Pause, repos, barricades. Débats, discussions dispersé.es, animations diverses, regards perdus au loin, corps assis, allongés ou debouts, marchants ou courants. Les rues, la Rue est investie par ceux qui la revendiquent, seul territoire de révolte, seule piste de danse pour les troupes de joyeux citoyens. “Commune, on se souvient, Commune”.
Des voix se perdent. “Un blindé arrive par là.” “Ils gazent de ce côté.” Une voiture passe. ACAB ! C'était la bac. Trompettes, tambours, tam - tam, tutti siamo et les refrains qui recommencent. Po-popo-popo-popo-pololoooo ! Oleeeeeeeee… les chants rejoignent la fumée.
19h43. Il fait presque nuit. Un grand feu est allumé depuis 45 minutes cours Pasteur. Feu de joie, à mort le roi, et tout le monde déteste la police. Les bruits courent que les flics vont nasser. Il y a une ambiance de marché de Noël, sauf que personne ne nous demande de consommer.
Galerie Lafayette mise à mal, Louis Vuitton vite volé, l'arnaque est dévoilée au grand jour, prête à être pillée. Un commissariat à Marseille, un office du tourisme à Nantes. Les villes s'énervent et la vie se vit comme elle le devrait chaque jour.
Blindés “centaures” déployés chez nous, de même qu'à Marseilles et à Nantes. La révolte est la même, mais les réseaux nous lient à chaque instant. La situation se ressemble ailleurs, et on le sait alors on continue.
On se pose a l'appart. On mange, on boit, on fume, on se repose un coup. Ananda nous appelle, 3 voitures béliers ont foncé sur la foule a Victoire, au niveau du tram. Les flics ont lancé de nouvelles grenades explosives, on les connaissait pas celles la. On attend un peu je crois, des gens passent à l'appart. On y retourne après. La nuit arrive, véritable chaos sans doute, partout, sons et lumières seront énervé.es. Je les attend ces moments. C'est la Révolution. Enfin.
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