Salut ! On écrit ce texte en réaction pendant et après l’occupation de la ZAD de Censive du mercredi 7 au samedi 10 Octobre.

Contexte :

On trouve important de réagir à des réactions qui ont tourné au fur et à mesure des journées, comme quoi c’était « totoland » (totos = autonomes).

Des gens ont passé du temps à se désolidariser de l’occupation, à inciter leurs contacts à ne pas venir. Ça a créé de nombreuses rumeurs qui se sont propagées, celles-ci créant un climat de peur et d’inconfiance à l’intérieur de l’occup, en plus de réduire les force présentes. On veut donc revenir sur plusieurs points qui ont été source de débat pendant l’occup.

On veut que la fête puisse exister, que tout le monde puisse y participer et s’amuser. On en a marre des discours toxicophobes qu’on a entendus trop souvent (volonté d’interdire l’alcool, que l’alcool favorise les agressions, que des seringues ont été retrouvées, etc), ce qu’on veut c’est un stand RDR (réduction des risques), avec de la doc, du matos pour faire en sorte que les gens puissent avoir leurs pratiques en sécurité, gèrent leur conso, sans venir en inciter d’autres ou se sentir shamé-es (ça a mis 2j avant que ce stand voit le jour !). Une personne qui veut consommer finira toujours par le faire, c’est dangereux d’exclure les gens et de les pousser se cacher pour consommer.

Toutes les dégradations qui ont fait clivages, on est pour les tags sur tous les murs, que tout le monde vienne s’exprimer, les distributeurs qui nous font payer 2 balles pour une barre de céréales pour servir le capitalisme : on en veut pas et on va tous les casser. Les gens ont volé du matos et ce n’est que justifié, la fac c’est une institution de l’État et les gens sont précaires. On ne peut que soutenir le fait de venir se servir. On est pas des flics et on veut pouvoir circuler librement dans les espaces.

Dans une occup avec plusieurs centaines de personnes, y a forcément des violeurs dans la foule. On peut pas se permettre et on a pas envie de reproduire le système carcéral et punitif : « les violeurs sont des monstres, on va les exclure ou leur casser la gueule ». Le problème c’est de ne pas se remettre en question, mais la question est beaucoup plus complexe qu’amener « il y a un violeur dans l’occupation », qui se transforme très vite en rumeur horrible. Les viols sont un phénomène ultra-commun dans une société aussi patriarcale et discriminante. C’est un sujet qui devrait être traité au global et pas de manière aussi spécifique.

C’est comme ça qu’on en arrive à avoir des personnes qui disent « je ne suis pas trop investie mais moi le viol je soutiens pas, alors je suis contre l’occup » ou « il y a des violeurs et des seringues qui traînent partout » : l’instauration d’un discours anti-occup a permis de la saboter.

On a vu passer des critiques sur la vie quot et le ménage mais y a eu des efforts de faits. Ça a été réfléchi collectivement, avec la décision de tester l’autogestion.

Sur les embrouilles à propos des femmes de ménage : pour nous, il y a une nuance entre « mauvais gauchistes, vous êtes racistes » et « mauvais gauchistes, vous êtes des réformistes et vous êtes potes avec l’UNI ». On pense que vouloir nettoyer la fac APRÈS l’expulsion c’est une grosse erreur. Le débat sain était impossible : trop de points de vue différents, des gens faisaient un mélange entre les anti-tags, les anti-drogues et des trucs entendables : le sol dégueu par exemple (qui était pas si dégueu avant l’expulsion).

Par contre, c’est faux de dire que le personnel du ménage va tout nettoyer, la fac va payer d’autres personnes (précaires aussi) pour ranger et nettoyer (peintres pour les murs,…). Mais bon, sinon on lutte plus ? On casse plus de vitrines, on brûle plus de poubelles, …? La question est complexe a traiter et se résout pas pendant une embrouille avec des arguments d’autorités.

Les personnels de ménage vont quand même avoir des trucs à ranger par contre. Et c’est dommage en effet.

Et déso, mais on avait besoin de barricader le bâtiment pour tenir l’occupation, on avait besoin de prendre le PQ du local technique pour aller aux toilettes. On a sali les sols avec la vie quotidienne, et il y a eu des dynamiques de nettoyage, mais ça faisait partie des décisions collectives de saboter l’arrivée des keufs (peinture, savon, etc).

La fin :

Un moment critique, pour nous, de l’occupation c’est la négociation de l’union pirate avec la présidence. On porte le fait que c’était une immense connerie. C’est au moins une erreur involontaire et une prise de pouvoir, au pire de la dissociation et du sabotage de l’occup.

Le fait d’aller négocier avec la présidence, sans le communiquer avec personne, puis d’apporter son soutien à la proposition (stopper l’occupation en échange de salles dans la fac pour s’organiser, sinon la présidence envoie les flics) leur a permis de se désolidariser. Leur position de syndicalistes, vue comme légitime par la présidence, leur a donné une place de pouvoir tout au long de l’occupation. Le minimum aurait été de ne pas accepter la proposition de la présidence et de garder une position d’intermédiaire. Le fait d’en parler ensuite à la presse et de ne pas en référer à l’occupation : c’est encore pire.

Apprendre cet échange dans Ouest France a mis un immense coup de pression à toute l’occupation.

Alors le lendemain, vendredi matin, quand les syndicats sont venus en AG pour essayer de convaincre tout le monde de se barrer de l’occupation, forcément ça la fout mal. Surtout avec cet ultimatum d’évacuation qui a fait monter la tension. À cette AG, y a eu grave des engueulades. C’était relou, ça a participé à faire partir beaucoup de monde. On pense quand même que dans des AGs verrouillées où des personnes disent de la merde, c’est parfois légitime de zbeuler. Par contre, c’est pas tout le temps le cas, parfois on l’a trop fait. Tant pis c’est trop tard. Dans cette AG de l’enfer, la venue des personnel.le.s en soutien est mal tombée, c’est dommage qu’iels soient parti.e.s alors que venaient soutenir. Bon, iels sont parti.e.s car iels se sont fait engueuler entre autre. Après, iels avaient une posture paternalistes et en soutien aux syndicats. On espère que dans un autre contexte ça l’aurait fait et qu’on aurait pu en discuter.

Bref, cette AG puait.

Sur les AGs, on comprend pourquoi des gens râlent sur le format, les premières tribunes étaient souvent dirigées par les mêmes groupes ne se visibilisant pas et ayant une posture « légitime » (NPA, syndicalistes, …).

On pense quand même que les engueulades en AG ça a parfois posé problème, surtout dans les dernières, ça a instauré un climat de défiance entre les gens.

Pour finir, on a trouvé que c’était super d’occuper la fac. Dommage que ça se soit finit alors que l’orga commençait vraiment à se faire. On a collectivement trop été dans la crainte des flics et la défense du lieu, ce qui nous a empêché de s’ouvrir vers l’extérieur et de parler politique.

Bien qu’on ressorte un peu sonné.e de cette dernière semaine, faut bien garder à l’esprit que le mouvement n’est pas finit ! On se voit à la prochaine occup ;) (ou avant).

Signé : des totos de l’occupation

On est révolutionnaire, contre la réforme

Zbeul partout, nik l’union pirate et nik Carine